Archive for the ‘Fractures’ Category

Personne n’est mort

14/02/2009

Dans tes yeux y avait des miradors,
Et toi, petite fille, t’étais grimpée
Dessus. Et tu flinguais tout le monde
Sans bouger ton corps.

Aujourd’hui y a toujours les barbelés,
Mais t’as plus de munitions.

(Et personne n’est mort.)

Au dessus du vide

14/02/2009

Je pense souvent à ce toit d’école près du Palais de Justice, qu’on ne peut atteindre qu’en sautant au dessus du vide. J’imagine que je t’y emmène, qu’on regarde le soleil se coucher sur la ville. Qu’on s’est enfin retrouvé à en avoir le vertige, que tu m’emmènes tout au bord pour m’embrasser.

Et que je te pousse.

Huit cent grammes

05/02/2009

On a trouvé dans cette fille huit cent grammes d’or en poudre, tout le long de son intestin. Huit cent grammes collés sur les parois et qui ont empêché le processus de digestion naturelle. Les selles se sont durcies et accumulées. Elle a visiblement eu tellement mal qu’elle n’a plus pu bouger. Elle est restée dans un coin de la salle de bain environ deux jours, les mains tellement crispées sur le ventre qu’on y dénote des lésions d’automutilation profondes de quatre millimètres. L’infection s’est propagée jusqu’à la trachée pour une raison encore inconnue. L’œsophage s’est alors gonflé et a provoqué la mort de la victime par ce qu’il convient de nommer une  « asphyxie spontanée ». Le processus a été très douloureux et a pu durer entre une et quatre heures. Une couche de salive sèche a été prélevée sur la joue. Considérant que le corps a été retrouvé à la position horizontale, la joue plaquée contre le carrelage, on peut en déduire que la victime a sécrété le liquide salivaire en excédent considérable. On a également retrouvé des traces de grains d’or microscopiques sur les lèvres et sous les ongles de la victime. On constate aussi deux cent trente sept hématomes violents sur le crâne. Toutes les observations mènent à la conclusion suivante : prise d’une douleur atroce, la victime s’est fracassée le crâne plusieurs fois sur l’évier en porcelaine. En plus des huit cent grammes d’or trouvés dans les intestins, on a constaté la présence de trois grammes de plomb au niveau du cœur.

La victime n’a pas été identifiée.

Elle pourrait  être n’importe qui.

Manifeste des Fractures

05/02/2009

Fracture : n.f.

1. Rupture, cassure (d’un équilibre). Fracture sociale (séparation en groupes cloisonnés).
– Le Robert de poche 2008

1. En médecine, cassure, rupture d’un os
2. Action de fracturer
3. Etat de ce qui est fracturé
4. En géologie, cassure de l’écorce terrestre
– Dictionnaire de l’Encyclopædia Universalis 2007

1. Rupture violente d’un os ou d’un cartilage dur
2. Cassure de l’écorce terrestre
3. Clivage au sein d’un ensemble humain atteignant un stade conflictuel et conduisant à une rupture : Fracture sociale, idéologique.
– Larousse de poche 2008

1. Rupture avec effort
2. Lésion osseuse consistant en une solution de continuité accompagnée ou non de déplacement des téguments
3. Division au sein du corps social jugée anormale
http://fr.wiktionnary.org

« Vous savez ce qu’ils veulent, les pauvres, dans ce pays ? Ils veulent une part plus grande dans ces valeurs décadentes, ruinées, bourgeoises. »
– Saul Alinsky

Le Pop Art dénonçait les grandes marques, les icônes, Coca-Cola, Marilyn Monroe, les définitions de l’art, les sélections des symboles d’une culture imposée.

Je dénonce la télé-réalité. Je dénonce les sites de rencontres. Je dénonce la fuite du quotidien dans le virtuel, les blind dates, les expositions d’états d’âme exacerbés, les profils copiés/collés.

Nous ne sommes plus dans les années soixante ou septante. Nous ne sommes pas nés dans une société en plein essor, avec son penchant révolutionnaire. Nous ne sommes pas la dépression sociale qui en résulte. Nous sommes l’issue de celle-ci. Nous ne rêvons pas de l’utopie des Golden Years, ne voulons pas vomir une vérité terne sur une image scintillante. Nous ne pensons pas avoir les yeux plus ouverts que les autres. Nous ne sommes pas le Pop Art. Nous ne sommes pas l’Underground. Nous ne sommes pas le Punk. Nous sommes ce qu’il en résulte. Le fruit d’une masse révoltée que les médias ont écrasés dans leur engrenage et qui n’est pas vraiment morte. Les enfants d’une contre-culture qui a perdu sa guerre. Nous ne réagissons pas à un nouveau mode de pensée.

Nous étouffons dedans.

Et on aimerait bien cracher un peu de sang sur une toile, pour voir si ça fait des étoiles.