Union européenne et immigration (3) : dépendances structurelles et globalisation

Chacun des articles peut être lus indépendamment les uns des autres, mais se situe dans un argument général sur l’incapacité des états démocratiques à contrôler entièrement leur migration, invitant donc à une reformulation des politiques de migration en d’autres termes que ceux de la sécurité et la prohibition.

Articles connexes :

Les dépendances structurelles au travail immigré

Les dépendances structurelles au travail immigré concernent autant les pays d’émigration que les pays d’immigration. Dans le premier cas, l’exemple de l’émigration aux Philippines montre comment celle-ci se substitue à l’incapacité de l’État philippin à assurer des conditions de vie dignes pour ses nationaux (Castles 2007, 37), comme dans le cas des inondations de 2000 où les transferts financiers des émigrés ont permis de compenser 60% des pertes de revenus liées aux dégâts (Yang and Choi 2007).

Les pays d’immigration dépendent, eux, d’une main d’œuvre immigrée. Selon la théorie du marché du travail segmenté, (Massey 1999, 37–40), les schémas économiques post-industriels créent une demande permanente de travailleurs prêts à accepter des travaux mal payés, aux mauvaises conditions, précaires et sans possibilité d’avancement. Les profils répondant à cette demande étaient traditionnellement les femmes, les adolescents et les migrants ruraux. Leur caractéristique commune est de ne considérer que la dimension financière du travail accompli, et pas la dimension symbolique. La féminisation du marché du travail, les transformations démographiques et l’urbanisation dans les sociétés industrielles avancées a transformé ces profils. Cette demande en travail dévalorisé résulte du processus suivant. Si les employeurs tentent d’attirer des travailleurs en augmentant les salaires dans les secteurs dévalorisés, les salaires des autres secteurs hiérarchiquement mieux placés dans l’économie symbolique du pays devront être augmentés aussi. C’est le phénomène d’inflation structurelle. Ce n’est pas un processus économique, mais un processus social : on ne souhaite pas être payé la même chose que quelqu’un qui fait un travail qu’on considère comme plus dévalorisé que le sien. Pour éviter cette inflation, il est donc plus intéressant pour les employeurs de recruter des travailleurs exclusivement intéressés par l’argent, et dont l’occupation dans ce secteur dévalorisé n’est perçue que comme passagère. Avec le déclin de l’attrait des profils traditionnels qui répondait à ces conditions (les femmes, les migrants ruraux, les étudiants), le profil du migrant international est le dernier à correspondre.

L’exemple de l’horticulture wallonne illustre bien cet aspect (Martiniello et al. 2010, 153–155). La demande d’emplois saisonniers est importante dans l’horticulture wallonne, alors que l’offre est très faible, du fait de la perception dévalorisée par les belges de ce type de travail. L’entreprise étudiée ici fait appel à des travailleurs polonais. Un dirigeant de l’entreprise se marie avec la sœur d’une travailleuse. L’entreprise recrute essentiellement le cercle élargi de la famille. Les travailleuses déclarent que la présence d’une polonaise au sein de la direction est une « garantie », car elle maîtrise la langue. De plus, les employés communiquent l’état des conditions de travail à leurs amis en Pologne. L’ensemble crée un climat de confiance. Une niche ethnique (les cueilleuses polonaises) s’est formée, fondée sur un capital social (ces cueilleuses transmettent l’information sur les modalités de vie et de travail à leurs connaissances en Pologne) et par le biais d’intermédiaires (les cueilleuses, la femme du patron), entretenant par là une chaîne migratoire (dès qu’une cueilleuse arrête, elle est remplacée par une connaissance venue de Pologne, mais certaines s’installent et fondent une famille, offrant un pied à terre pour de futurs travailleurs ou membres de la famille).

La globalisation

Selon la synthèse théorique de Massey la cause première de la migration internationale est la pénétration des marchés capitalistes dans les sociétés non ou précapitalistes (Massey 1999, 48–49). Ce processus est le suivant. Le passage d’une économie de subsistance à une économie de marché favorise des techniques d’agriculture investissant dans les technologies pour augmenter la productivité, plutôt que de recruter de la main d’œuvre locale. Les populations rurales sans emploi migrent alors vers les centres urbains, où le revenu est plus élevé, même si le taux d’emploi n’est pas supérieur. Le travail dans les entreprises délocalisées les mène à produire des marchandises qu’ils ne peuvent s’acheter, créant une culture de la consommation et une idéalisation des pays développés qui contribue au projet migratoire. Dans les régions où il n’existe pas de sécurité sociale pour pallier aux oscillations du marché ou aux intempéries, les familles élargies misent sur la migration internationale pour s’assurer une base de revenus stable. Ces régions manquent également de banque capable de faire des prêts d’investissements et ce sont donc les revenus accumulés grâces aux  membres de la famille qui ont migrés servent de capital d’investissement. Dans ces cas, le choix de la migration ne relève donc pas seulement de l’individu, mais d’une décision collective, dans le but d’éviter des crises économiques au niveau familial ou communautaire. L’émergence de grandes villes globales participent également aux processus de migration internationale. Elles concentrent des métiers hyper spécialisés et consommateurs de services créant une demande de la forme de travail immigré. La segmentation du marché du travail est ici particulièrement importante

Pour résumer, le processus de globalisation créée des populations mobiles, une demande dans les centres urbains, et les moyens qui rendent possibles ces mouvements, par la facilitation des transports et des communications (augmentation de l’offre et réduction des prix). La migration est donc un phénomène intrinsèquement lié à celui de la globalisation, et tant qu’il y aura globalisation, les conditions économiques, techniques et sociales des migrations seront présentes, même si les conditions politiques font défaut.

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