De la situation en Grèce et des enjeux de la santé en U.E.

Lors d’une rencontre interne de Médecins du Monde, Nikitas Tanaki, le président de la section grecque,a partagé ses impressions sur la situation dans son pays. J’ai été suffisamment touché que pour trouver nécessaire de la partager.

Pour lui, membre de la classe moyenne, son salaire a chuté de 40% en 2 ans. Selon lui, ce qu’il se passe en Grèce n’est pas une crise, mais l’expérimentation d’une nouvelle forme de gouvernement qui nécessite la coupe des services sociaux.

Il y a 3 centres d’accueil, de soins et d’orientation, destinés à améliorer les politiques d’accès aux soins pour les populations fragilisées. Il y a eu 13000 cas suivis dans ces centres l’année dernière, dont 11000 enfants. La majorité était une population migrante. Cette année, nous sommes à 58000 cas, dont 31% de grecs. « Avant, on soignait des gens qu’on ne revoyait plus vraiment, maintenant, on soigne nos parents, nos voisins, notre famille« . Cette transformation a un impact psychologique fort, lié à un sentiment de perte de dignité, sur les travailleurs de l’ONG.

Suite à la crise, les règles grecques ont changé et les conséquences sont dramatiques: on perd l’accès aux soins après 6 mois sans travail. Pour être soigné, il faut prouver qu’on a payé ses impôts. La qualité générale des soins hospitaliers a baissé, ainsi que l’accès aux médicaments qui est drastiquement réduit. Une circulaire oblige les services d’urgence à dénoncer les personnes en séjour irréguliers qui se présenteraient : circulaire à laquelle les praticiens résistent sur le terrain. Autant dire que si on prend le point de vue des soins de santé, la critique des « services publics » corrompus et clientelistes rend mal compte de la situation.

Concernant la population migrante, le séjour irrégulier augmente selon deux logiques. Premièrement, ce qu’on nomme désormais là-bas les « dubliness », des cas Dublin coincés en Grèce (les « cas Dublin » sont les demandeurs d’asile sous le coup de la convention de Dublin, qui autorise – mais n’oblige pas – un pays à renvoyer un demandeur d’asile dans le premier pays européen par où on peut prouver qu’il est entré, ce premier pays est alors compétent en matière d’asile). Nikitas dénonce l’hypocrisie des pays scandinaves qui renvoient des gens en Grèce et en Espagne (qui sont les principaux pays de passage). Cette problématique augmente et les gens se retrouvent sans espoir, des « dubliness ». Deuxièmement, la Grèce ne renouvelle plus les droit de séjour. Une population de migrant plongés dans le séjour irrégulier s’accroit donc sans solution systémique.

On constate ensuite l’augmentation d’actes organisés de violence racistes organisés depuis les quartiers pauvres. Nikitas est pessimiste concernant l’avenir qui, selon lui, ne fera que s’aggraver. Il appelle à maintenir une ligne dure selon laquelle la coupe des services sociaux n’est pas une option dans les politiques européennes, et à la création d’une banque alimentaire (en réponse à la baisse des salaires). L’enjeu de la défense d’une Europe Sociale, non négociable, est plus vif que jamais.

Enjeux européens concernant la précarité et son impact sur la santé

La rencontre des différentes missions internationales de Médecins du Monde ont mené à un débat soulignant 3 grands axes :

Augmentation du racisme et de la pauvreté

On note un recul général des institutions et de l’opinion concernant les migrants. Cela se traduit par les restrictions grandissantes de l’accès aux soins, la montée des actes racistes, le recul au niveau de la sexualité en Pologne, et l’augmentation de l’extrême-droite au Danemark, en Norvège et en Hongrie. L’augmentation de la pauvreté, du racisme et de la privation des services doit nous interpeller. On s’interroge sur les conséquences d’une action aux frontières turques sur l’opinion publique grecque.

En Grèce, l’un des enjeux est d’expliquer aux gens qu’on est au service de tout le monde, et pas seulement des migrants, et d’instaurer une logique de solidarité (« We need solidarity, not slaves »), mais le message a du mal à passer. Un observatoire des attaques racistes a été mis en place par MdM.

La production de rapports dans les différents pays

La nécessité de témoignages par rapport aux accès aux soins problématiques en Europe se fait sentir.

A titre d’exemple, l’Office des étrangers a refusé le 9ter d’une fille de 11 ans atteinte de drépanocytose. Il fonde son refus sur le site d’Alliance et de l’ambassade des États-Unis, considérant qu’il y a un bon accès aux soins pour cette maladie dans le pays d’origine. Les sources utilisées par l’Office est, sur le coup, très arbitraire. Désormais, il est nécessaire de faut un rapport d’une demi-page sur l’accès aux soins afin de montrer la réalité des traitements sur place.

Citoyens européens

Le problème des citoyens européens est que leurs droits ne sont pas transposables, et qu’ils ne sont pas remboursés. L’exemple des Roms est à la fois spécifique et emblématique: faible accès aux soins, dans les pays d’installation, mais aussi dans les pays d’origine. Souvent, les assurances santé des pays d’origines, notamment les pays de l’Est, sont des façades – et aucun remboursement n’est possible.

La question se pose sur les moyens d’action, de sensibilisation, transposition, et d’attirer l’attention sur les causes (les discriminations dans le pays d’origine), et plus les effets (aucun accès aux droits fondamentaux dans le pays d’installation).

Picum souligne que très peu d’ONG s’intéresse à la question des citoyens européens.

Avec la crise espagnole, on voit de plus en plus de personnes qui ont été régularisées en espagne faire le trajet jusqu’en Belgique et se retrouver à nouveau en séjour irrégulier ici, plutôt qu’en séjour régulier là-bas, où ils ne trouvent plus de travail.

NOTE : Ce compte rendu n’engage que son auteur.

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