Archive for octobre 2011

L’indignation des fonctionnaires du CGRA

27/10/2011

L’article belga sur le site de la libre du 20/10/2011 :

M. Van den Bulck souligne que la qualité et la justesse des décisions ne seront pas mises en cause.

Le commissaire général aux réfugiés et aux apatrides, Dirk Van den Bulck, a demandé à son personnel, dans un courriel interne révélé jeudi par le Standaard et le Nieuwsblad, de traiter plus rapidement les demandes d’asile, « même au détriment de la qualité » de rédaction des avis.

« En ce qui concerne la rédaction et la supervision, nous pouvons nous limiter au maximum. Même au détriment de la qualité », écrit-il dans ce mail daté du 23 septembre. Il demande par ailleurs au personnel de renoncer à certaines demandes de congé et de remettre à plus tard des formations prévues, afin de traiter l’arriéré des demandes d’asile.

Celles-ci devront donc être rendues plus rapidement, sans pour autant devenir contestables. Interrogé par les quotidiens, M. Van den Bulck souligne que la qualité et la justesse des décisions ne seront pas mises en cause. C’est surtout leur degré de motivation qui sera adapté. « Avons-nous vraiment besoin de dix arguments, quand cinq suffisent », s’interroge le patron du CGRA.

La démarche suscite des craintes dans les rangs de la N-VA, où la députée Sarah Smeyers souligne que des décisions moins motivées pourront être exploitées par les avocats des demandeurs d’asile.

Le mail du directeur du CGRA :

Subject: action spéciale fin de ce mois – bijzondere actie eind deze maand
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> > Voor de Nederlandse tekst zie lager
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> > Chers collègues,
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> > Le nombre de demandes d’asile continue de croître. Ce mois-ci, il est fort possible qu’il dépasse les 2 300 demandes, peut-être même 2 500. Jusqu’à hier, nous en avons déjà dénombré 1 785.
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> > Plus que jamais, au début du mois prochain, outre le nombre de demandes, l’attention se portera sur l’output des instances d’asile, en particulier celui du CGRA. Seule une chose comptera pour le CGRA: plus ou moins de 1 600 décisions. Si le CGRA n’atteint pas l’objectif, l’on ne manquera pas de conclure sans détours que le CGRA, et spécialement le management, a échoué. La moindre explication que nous devrions fournir à ce sujet sera considérée comme non pertinente.
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> > Il est donc de la plus haute importance d’atteindre effectivement l’objectif des 1 600 décisions.
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> > Jusqu’à hier soir, 784 décisions avaient été notifiées. Pour atteindre l’objectif, nous devons encore en prendre beaucoup.
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> > Je vous demande, à vous, à votre équipe de superviseurs et à tous les officiers de protection, d’examiner la manière de prendre une décision dans un nombre maximum de dossiers – pour lesquels une audition a été fixée – et de les superviser la semaine prochaine encore.
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> > Sans prendre de dispositions spéciales, l’objectif ne pourra vraisemblablement pas être réalisé. Nécessité fait loi.
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> > Afin d’atteindre encore un maximum d’output je propose provisoirement – pour la semaine prochaine – les mesures suivantes:
> > • En ce qui concerne, tant les officiers de protection que les superviseurs, l’on peut se limiter au minimum quant à la rédaction et la supervision, même si cela doit se faire au dépens de la qualité;
> > • L’on peut demander aux officiers de protection et aux superviseurs (sans que l’on puisse l’exiger ou l’imposer) de reporter congés et récupérations. Exceptionnellement, une récupération, qui doit être obligatoirement prise avant la fin du mois, pourra être reportée au mois prochain;
> > • Si l’on rencontre des problèmes particuliers concernant le traitement de dossiers, ils doivent être immédiatement analysés et résolus, directement avec un commissaire;
> > • Les formations prévues cette semaine peuvent être reportées. Ce n’est évidemment pas le cas des formations organisées à l’extérieur (p.ex. les formations certifiées).
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> > Pour discuter de tous ces points, j’organise une brève réunion ce lundi, 26/09 à 9 h 30, au 22e étage.
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> > Beste collega’s
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> > Het aantal asielaanvragen blijft stijgen. Best mogelijk dat dit deze maand hoger zal zijn dan 2.300 aanvragen, misschien zelfs 2.500. Tot en met gisteren waren er al 1.785 aanvragen geteld.
> >
> > Meer dan ooit zal men begin volgende maand naast het aantal aanvragen uitkijken naar de output van de asielinstanties, in het bijzonder de output van het CGVS. Voor het CGVS zal slechts één ding tellen: op of onder 1.600 beslissingen. Enige uitleg hierbij zal als irrelevant worden beschouwd. Indien het CGVS het objectief niet realiseert, zal men kortweg besluiten dat het CGVS, in het bijzonder het management, faalt.
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> > Het is dus uiterst belangrijk om effectief het objectief van 1.600 beslissingen te realiseren.
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> > Tot en met gisteren waren er al 784 beslissingen betekend. Om het objectief te realiseren moeten er dus nog heel wat beslissingen de deur uit.
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> > Ik vraag u met uw ploeg van supervisoren en al de protection offficers na te gaan hoe de volgende week nog een maximum aantal dossiers – waarvoor een gehoor georganiseerd werd – te laten afwerken en superviseren.
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> > Zonder bijzondere maatregelen zal het objectief waarschijnlijk niet gerealiseerd kunnen worden. Nood breekt wet.
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> > Om nog een maximum aan output te realiseren stel ik tijdelijk – voor volgende week – het volgende voorop:
> > • ten op zichte van zowel protection officers als supervisoren kan men stellen dat men zich bij de redactie en de supervisie tot het minimum kan beperken, ook al gaat dit ten koste van de kwaliteit;
> > • aan protetion en supervisoren kan men vragen (zonder dat men dit kan eisen of opleggen) om verlof of recuperatie uit te stellen. Uitzonderlijk kan recuperatie, die eventueel verplicht voor het einde van de maand opgenomen moet worden, naar de volgende maand overgedragen worden;
> > • indien er bijzondere problemen zijn met betrekking tot de behandeling van dossiers, moeten die onmiddellijk en direct met een commissaris aangekaart en opgelost worden;
> > • de in die week voorziene vormingen kunnen uitgesteld worden. Dit geldt uiteraard niet voor vormingen die extern georganiseerd worden (bv. gecertificeerde vormingen).
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> > Om dit te bespreken organiseer ik maandag 26/09 om 9.30 uur een korte vergadering op de 22e verdieping.
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> > Dirk VAN den BULCK
> > Commissaris-generaal voor de Vluchtelingen en de Staatlozen
> > Tel             +32 2 205 52 55      
> > Fax +32 2 205 51 15
> > dirk.vandenbulck@ibz.fgov.be<mailto:dirk.vandenbulck@ibz.fgov.be>
> >
> > Commissariaat-generaal voor de Vluchtelingen en de Staatlozen
> > WTC II
> > Koning Albert II–laan 26 A
> > 1000 BRUSSEL
> > www.cgvs.be

Le mail anonyme d’agents du CGRA :

Nous forwardons ce mail, anonymement.

Pourquoi anonymement? parce que nous ne pouvons pas dénoncer les choses à visage découvert. En plus d’être infantilisés, considérés comme des moins que rien, totalement ignorés quand nous osons élever la voix, et pire encore, bien sûr, il y a aussi le risque de ne pas voir son contrat renouvelé…

Alors, comme nous en avons marre, nous avons décidé de vous informer quand même, masqués…

Nous avons été écoeurés par ce mail, et nous nous sommes indignés entre nous, nous l’avons commenté. Mais ce qui nous écoeure le plus, qui nous énerve aussi, c’est de savoir que la direction continue de tenir son discours hypocrite, de faire croire à l’extérieur du CGRA que la qualité des décisions est importante pour elle. Il faut donc que les gens sachent, et que nos chefs arrêtent leur hypocrisie. Voyez le mail plus bas et diffusez-le autour de vous, dans vos famille, auprès de vos amis avocats, juges, auprès des associations de défense des réfugiés.

Avant de commencer à travailler au CGRA, on a une image positive de cette boîte. (Il faut dire qu’il y a des petits singes (mal) payés pour vendre l’image du CGRA auprès de jeunes diplômés naïfs et aurpès du grand public. Ils se reconnaîtront, je les mets en cc… Ils devraient avoir honte). Mais très vite, on se rend compte que ce sont des foutaises. très vite cela se sente, dans la façon de faire des superviseurs et de notre cher géoco, passe encore. mais de lire noir sur blanc que c’est le commissaire lui-même qui nous dit de faire n’importe quoi, ça c’est incroyable.

Il ne faut pas tout mélanger, ni mettre tout sur le dos de ce mail. Notre ras-le-bol du CGRA date de bien avant cela. Nous sommes un petit groupe et nous cherchons à garder nos valeurs, notre honnêteté, notre esprit critique. Mais moi, personnellement, je suis là depuis peu de temps et assez vite après mon arrivée au CGRA je cherchais à me tirer. Nous sommes terrorisés, infantilisés, notre geoco n’a aucune considération pour nous en tant que collègues : nous sommes des machines à produire. Peut-être une exception : si on est un homme, plutôt mignon, et plutot « open » et attiré par des promesses de promotion canapé, il est particulièrement gentil 🙂 … mais moi personnellement, je ne fais malheureusement pas partie de cette catégorie. Je fais partie de la masse qu’il ingore et méprise : les femmes et les hommes pas spécialement mignons :-). Pour nous, c’est la galère.

Voilà, c’est tout pour le moment. Un jour je vais me tirer de là. J’espère ne pas commettre une grosse connerie avant cela, ne pas péter un câble.

Aujourd’hui, ça se passe de commentaire. Source : mail d’un avocat de PLN

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De la situation en Grèce et des enjeux de la santé en U.E.

19/10/2011

Lors d’une rencontre interne de Médecins du Monde, Nikitas Tanaki, le président de la section grecque,a partagé ses impressions sur la situation dans son pays. J’ai été suffisamment touché que pour trouver nécessaire de la partager.

Pour lui, membre de la classe moyenne, son salaire a chuté de 40% en 2 ans. Selon lui, ce qu’il se passe en Grèce n’est pas une crise, mais l’expérimentation d’une nouvelle forme de gouvernement qui nécessite la coupe des services sociaux.

Il y a 3 centres d’accueil, de soins et d’orientation, destinés à améliorer les politiques d’accès aux soins pour les populations fragilisées. Il y a eu 13000 cas suivis dans ces centres l’année dernière, dont 11000 enfants. La majorité était une population migrante. Cette année, nous sommes à 58000 cas, dont 31% de grecs. « Avant, on soignait des gens qu’on ne revoyait plus vraiment, maintenant, on soigne nos parents, nos voisins, notre famille« . Cette transformation a un impact psychologique fort, lié à un sentiment de perte de dignité, sur les travailleurs de l’ONG.

Suite à la crise, les règles grecques ont changé et les conséquences sont dramatiques: on perd l’accès aux soins après 6 mois sans travail. Pour être soigné, il faut prouver qu’on a payé ses impôts. La qualité générale des soins hospitaliers a baissé, ainsi que l’accès aux médicaments qui est drastiquement réduit. Une circulaire oblige les services d’urgence à dénoncer les personnes en séjour irréguliers qui se présenteraient : circulaire à laquelle les praticiens résistent sur le terrain. Autant dire que si on prend le point de vue des soins de santé, la critique des « services publics » corrompus et clientelistes rend mal compte de la situation.

Concernant la population migrante, le séjour irrégulier augmente selon deux logiques. Premièrement, ce qu’on nomme désormais là-bas les « dubliness », des cas Dublin coincés en Grèce (les « cas Dublin » sont les demandeurs d’asile sous le coup de la convention de Dublin, qui autorise – mais n’oblige pas – un pays à renvoyer un demandeur d’asile dans le premier pays européen par où on peut prouver qu’il est entré, ce premier pays est alors compétent en matière d’asile). Nikitas dénonce l’hypocrisie des pays scandinaves qui renvoient des gens en Grèce et en Espagne (qui sont les principaux pays de passage). Cette problématique augmente et les gens se retrouvent sans espoir, des « dubliness ». Deuxièmement, la Grèce ne renouvelle plus les droit de séjour. Une population de migrant plongés dans le séjour irrégulier s’accroit donc sans solution systémique.

On constate ensuite l’augmentation d’actes organisés de violence racistes organisés depuis les quartiers pauvres. Nikitas est pessimiste concernant l’avenir qui, selon lui, ne fera que s’aggraver. Il appelle à maintenir une ligne dure selon laquelle la coupe des services sociaux n’est pas une option dans les politiques européennes, et à la création d’une banque alimentaire (en réponse à la baisse des salaires). L’enjeu de la défense d’une Europe Sociale, non négociable, est plus vif que jamais.

Enjeux européens concernant la précarité et son impact sur la santé

La rencontre des différentes missions internationales de Médecins du Monde ont mené à un débat soulignant 3 grands axes :

Augmentation du racisme et de la pauvreté

On note un recul général des institutions et de l’opinion concernant les migrants. Cela se traduit par les restrictions grandissantes de l’accès aux soins, la montée des actes racistes, le recul au niveau de la sexualité en Pologne, et l’augmentation de l’extrême-droite au Danemark, en Norvège et en Hongrie. L’augmentation de la pauvreté, du racisme et de la privation des services doit nous interpeller. On s’interroge sur les conséquences d’une action aux frontières turques sur l’opinion publique grecque.

En Grèce, l’un des enjeux est d’expliquer aux gens qu’on est au service de tout le monde, et pas seulement des migrants, et d’instaurer une logique de solidarité (« We need solidarity, not slaves »), mais le message a du mal à passer. Un observatoire des attaques racistes a été mis en place par MdM.

La production de rapports dans les différents pays

La nécessité de témoignages par rapport aux accès aux soins problématiques en Europe se fait sentir.

A titre d’exemple, l’Office des étrangers a refusé le 9ter d’une fille de 11 ans atteinte de drépanocytose. Il fonde son refus sur le site d’Alliance et de l’ambassade des États-Unis, considérant qu’il y a un bon accès aux soins pour cette maladie dans le pays d’origine. Les sources utilisées par l’Office est, sur le coup, très arbitraire. Désormais, il est nécessaire de faut un rapport d’une demi-page sur l’accès aux soins afin de montrer la réalité des traitements sur place.

Citoyens européens

Le problème des citoyens européens est que leurs droits ne sont pas transposables, et qu’ils ne sont pas remboursés. L’exemple des Roms est à la fois spécifique et emblématique: faible accès aux soins, dans les pays d’installation, mais aussi dans les pays d’origine. Souvent, les assurances santé des pays d’origines, notamment les pays de l’Est, sont des façades – et aucun remboursement n’est possible.

La question se pose sur les moyens d’action, de sensibilisation, transposition, et d’attirer l’attention sur les causes (les discriminations dans le pays d’origine), et plus les effets (aucun accès aux droits fondamentaux dans le pays d’installation).

Picum souligne que très peu d’ONG s’intéresse à la question des citoyens européens.

Avec la crise espagnole, on voit de plus en plus de personnes qui ont été régularisées en espagne faire le trajet jusqu’en Belgique et se retrouver à nouveau en séjour irrégulier ici, plutôt qu’en séjour régulier là-bas, où ils ne trouvent plus de travail.

NOTE : Ce compte rendu n’engage que son auteur.