Bilan de l’actualité des sans papiers à Bruxelles

J’ai décidé d’utiliser ce blog à des fins moins abstraites. Voici une brève synthèse de l’actualité des mouvements de revendications des sans papiers à Bruxelles.

Vide juridique au sujet de l’aide médicale

L’ULB

Les « négociations » avec l’office des étrangers ne sont en réalité pas des négociations, ils appliquent formellement la loi et la grève de la faim a été stoppée suite à l’obtention d’une carte orange de 3 mois (droit de séjour provisoire pour raisons médicales), couplé d’un permis de travail B (qui ouvre l’accès à un emploi si une procédure administrative assez lourde est engagée par un employeur volontaire).

Petit rappel législatif sur les droits des sans papiers, qui bénéficient de 3 droits : (1) l’article 27 (autant dire que ça les avance) (2) la scolarisation des enfants (3) l’aide médicale urgente. L’aide médicale urgente (AMU) est un droit spécifique octroyé par les CPAS issu d’un budget fédéral (circulaire du 12/12/1996) qui prévoit le remboursement de la plupart des soins médicaux sur présentation d’une « attestation d’aide médicale urgente pour personne en séjour illégal » remplie et cachetée par un médecin.

Pour bénéficier la carte orange qui leur a été octroyée, les sans papiers doivent disposer d’un domicile. Hors, en occupation depuis plus de 6 mois, la plupart des occupants ne bénéficent plus de domicile légal (soit ils restent à l’occupation, soit ils logent chez des amis). Cette situation est celle de la moitié des occupants de l’ulb (environ 150 personnes). Ainsi, le cycle vicieux est créé : pour disposer de leur carte de séjour, il leur faut un domicile, pour avoir un domicile, il faut une garantie locative, pour une garantie locative, il faut de l’argent (soit un travail), pour avoir un travail il faut un permis de travail, pour avoir le permis de travail il faut la carte de séjour (et donc un domicile légal), etc. L’ULB ne peut ou ne veut pas fournir l’occupation comme domicile légal. Rappelons que, bien que situé à Ixelles, c’est le CPAS de Bruxelles ville qui est compétent pour l’ULB.

Ces personnes sont entré de manière inattendue dans un vide juridique : ils ne sont plus en séjour illégal, mais ils ne possèdent pas non plus les papiers. Résutalt : ils ne bénéficient plus de l’aide médicale urgente, et ne bénéficient pas de l’aide sociale médicale (annonce officieuse du CPAS de Bruxelles 1000 qui craint l’appel d’air). Rappelons également que ces personnes sortent d’une grève de la faim et sont donc particulièrement affaiblis (certains ont des conséquences physiques graves, d’autres tombent malades), et que le besoin de soins médicaux est donc réel. Des pistes sont envisagées pour la suite, mais le collectif de soutien s’essouffle, et la période (examens, intensification de boulot pour certains) rend la chose compliquée.

La situation, déjà absurde, devient kafkaïenne.

LE BEGUINAGE

Les occupants, qui ont dépassé les 75 jours de grève de la faim, ont refusé la carte orange pour raisons médicales (« nous ne sommes pas malades »), l’action de la grève de la faim est politique et ils demandent une réponse politique (comme cela a été convenu il y a bientôt plus de 16 mois). Quoi qu’il arrive, ils se retrouveront dans la même situation que l’ULB, soit un vide juridique au niveau de l’aide médicale.

Quant au  « abus des demandes » par les services de pompier, j’invite à lire cet article qui résume bien ma pensée.

Occupations, grèves de la faim

Les grèves de la faim, historiquement, ont eu lieu à quelques dizaines de personnes pour revendiquer un droit politique. La situation en Belgique est particulière : pour la première fois, des centaines (si on compte la totalité des grèves de la faim cette année, on peut dénombrer facilement un millier) de personnes ont choisis cette option, pour la plupart des sans papiers qui ne l’avaient jamais fait et étaient extérieurs à la mobilisation. Leur revendication n’est pas globale mais fait suite à l’octroi d’une carte blanche de 9 mois lors d’une grève au béguinage en 2008. Bien que le gouvernement se soit engagé à ne plus donner que des cartes oranges de 3 mois, les sans papiers ont associés les grèves de la faim non plus comme un acte revendicant des valeurs, mais comme une porte de sortie concrète pour un permis de travail.

Après les 100 personnes de la VUB et les 280 de l’ULB, les 230 du béguinage toujours en grève de la faim, l’occupation de l’UCL à louvain est aujourd’hui à 20 jours de grèves de la faim (80 personnes), et les facultés Saint Louis (60 personnes) ont entamé il y a plus d’une semaine. On peut y ajouter les 700 personnes de l’occupation de la place Saint Lazare en passe de se faire expulser.

Tout a été fait pour empêcher cette farandole de grèves de la faim, et il est, à mon sens, à la fois absurde et révoltant de penser qu’un tel mouvement est la simple issue d’une action collective organisée et non pas le fruit d’une mauvaise administration de la politique. Le CIRE a engagé une action moins dans l’espoir de son aboutissement que dans le but d’offrir « quelque chose d’autres » aux non grévistes, en faisant signer des formulaires 9ter (l’article de loi définissant les circonstances de l’octroi d’une carte de séjour pour raisons médicales) « pour raisons psychologiques » au maximum de membres de toutes les occupations. Entre ceux qui ne veulent pas (« nous ne sommes pas malades »), le manque de légitimité du CIRE (« pantins de l’état ») sur le terrain auprès des sans papiers et le scepticisme de ces derniers qui n’espèrent plus rien sans preuves, les grèves de la faim ont tout de même été déclenchées en série.

Double expulsion pour les occupants de Saint Lazare

700 personnes dans un bâtiment sans eau, appartenant à Fortis. Les canalisations fonctionnement mais la pocelaine a été brisées (ils disposent de plombiers mais manque le matériel pour réparer). Il y a environ 10 jours, la grande majorité de ces personnes ont commencé une grève de la faim. Le bourgmestre de Sint-Joss (Demannez) apporte le soutien qu’il peut ainsi que des membres de l’administration communale (notamment la maraude). Les occupants doivent cependant traverser la rue pour récupérer de l’eau dans des bouteilles d’eau depuis un robinet sur le trottoir d’en face. Malgré ces désagréments ils essaient de cette manière de garder une hygiène et une certaine dignité.

Vendredi matin, un huissier s’est présenté pour demander aux occupants de quitter le bâtiment (je ne sais pas quel est le motif de la mise en demeure, ni qui a engagé l’huissier, il semblerait que ce soit fortis mais je ne suis pas encore allé vérifier sur place). La police a déjà posé des rubans annonçant une intervention imminente (qui n’a pas eu lieu hier, ni cette nuit, il y a donc de fortes chances de penser que ce sera demain, aux heures habituelles de ce genre de pratiques, soit vers 6h du matin) tout en menaçant des occupants d’être emmenés en centre fermés. Les occupants sont très affaiblis de leur grève, se sont barricadés dans le bâtiment et s’isolent sur le toit du bâtiment.

Il y a très peu de soutien à cette occupation (il est très difficile de mobiliser dans les périodes d’examen) et les occupants sont inquiets des menaces des policiers. Ils ont déjà vécu l’expulsion de la rue des minimes, qui fut particulièrement violente (chiens lâchés, etc.) et le bâtiment à Saint Lazare avait été un refuge de dernier recours face à la violence de l’expulsion (le soutien étudiant avait fait le trajet plusieurs fois entre divers bâtiments avec des petits groupes de sans papiers pour éviter des arrestations subites).

D’après les dernières informations, l’expulsion aura lieu le mardi 16 juin vers 4-5h du matin, du soutien est demandé pour loger sur place la nuit de lundi afin d’être présent lors de l’expulsion et éviter tout débordement.

Alors que faire ?

L’action des sans papiers n’a de sens que si elle est reflétée par des comités de soutien. Si les médias engagent le sujet par moment, cela passe, à mon sens, pour un silence complet face à la réalité tragique de la situation. Des rafles ont lieu sans raison, des enfants sont enfermés dans les centres fermés (malgré décision de la cour pénale européenne, mais « les enfants pris en zone de transits ne sont pas concernés » selon la ministre, soit les modalités et considérations géographiques de leurs arrestations joue sur le fait qui’ls soient des enfants ou pas, finalement), les expulsions ont lieux de manière extrêmement violente, sans dialogue politique.

Rappelons qu’un accord a été signé sur la production de critères clairs de régularisation pour ces personnes il y a 16 mois, et qu’il n’est toujours pas appliqué. Pendant ce temps, la ministre négocie des accord sur le durcissement des contrôles de frontières entre France et Belgique (avec le ministre français Luc Besson) et inaugure la fabrication d’un sixième centre fermé.

Ce débat est entièrement absent des médias. Mais pas seulement : aucun artiste, aucun homme politique, aucun présentateur, journaliste connu, bref, aucune figure publique importante ne tente de publiciser ce débat. Dans l’ombre, cela en dit long sur la société de contrôle dans laquelle nous sommes engagés, sans nous en rendre compte, sans même en être informés (consciemment ou pas) par la presse et les leaders d’opinion.

Ce qu’il faut c’est

1. Du soutien concret par la présence sur les lieux de rassemblements : dans les occupations, dans les manifestations, il faut créer un espace de rencontre, les écouter, les comprendre, comprendre la situation globale au travers de leur récit. Il manque un soutien social, ne serait-ce qu’une présence de temps en temps dans les occupations. Il manque, en réalité, une mise en valeur de l’existence de leur humanité dans le reflet de la nôtre. A l’ULB, les occupants nous disaient « l’aide médicale, c’est pas si grave, ce qui est important, c’est que vous vous intéressiez à nous, à la situation ».

2. Créer un débat public
: sur les centres fermés, les enfants enfermés, les vies brisées, les expulsions violentes, les « kidnappings » (imaginez apprendre un jour que votre voisin n’a pas payé son loyer depuis 3 mois, et vous rendre compte que tout est encore à l’intérieur, que sa famille le cherche… Il est peut-être en centre fermé -c’est déjà arrivé- ) la non application de lois. Créer un débat public implique d’en parler dans son espace. Au Béguinage,une violoniste de l’orchestre philarmonique de Londres vivant sur la place a mis 1 mois avant de comprendre le bruit qui dérangeait cet endroit paisible, est venue les rencontrer et se faire leur porte parole dans ses concerts à l’avenir.

Publicités

2 Réponses to “Bilan de l’actualité des sans papiers à Bruxelles”

  1. Gino Says:

    http://www.indymedia.be/en/node/33657

  2. al bouzaidi mohammed Says:

    merci pour votre soutien aux sans papiers je suis parmi les occupants du batiment leonidas boulvard antoinne dansaert

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :