Chercher des solutions

De toutes parts, les attaques se font sentir. Les procédures d’activation des chômeurs s’endurcissent alors que ferment des entreprises, que les banquiers se distribuent des stock options. En France, on en arrive à travailler plus pour gagner autant. Et cette concession mène à la banqueroute. En Belgique, les contrôleurs de bus portent des menottes, et chassent les sans-papiers. Le mouvement de soutien à ces derniers relève d’un enjeu bien plus profond que le simple phénomène migratoire. C’est un combat contre les zones de non-droit. Contre la société de contrôle. Contre le procès d’existence. Une réappropriation et un retournement du droit en tant qu’arme contre le pouvoir auquel il est asservi. Une lutte contre notre propre incarcération quotidienne, contre cette condition de justification d’être en tant qu’être. En Suède, une lutte juridique a lieu sur le terrain de la propriété intellectuelle. En Israël, ce qu’on ose appeler sans ironie le « droit international humanitaire » se retranche cyniquement comme une huitre qu’on asperge de citron. Si leurs attaques n’ont rien de militaire et tout de génocidaire, leur guerre est bien réelle sur le terrain légalité-contre-humanité. Hors, le droit est une arme à double tranchant du pouvoir : ces conflits annoncent qu’une lutte est en cours.

Les réformes de l’enseignement européen le dérobent à l’éducation et l’unilatéralise en une même doxa. Il n’est plus question d’être formé (« apprendre » est un mythe d’une autre génération), mais de savoir se soumettre. Les rituels de baptême de l’université incarnent des mécaniques de dressage. Les bals de fin d’année de l’enseignement supérieur sont une marque affligeante du type de socialisation attendu par « le monde du travail ». Ce monde qui s’effrite. Les acquis sociaux explosent et il ne reste rien d’un mouvement organisé de contestation. Les ruptures de contrat volent à la pelle, Total redistribue 14 milliards de ses bénéfices à ses actionnaires et « la liberté de penser s’arrête où commence le code du travail », nous dit la présidente du MEDEF, dont les ouvrières doivent lever la main pour demander la permission d’aller aux toilettes. Cette réalité est celle d’une majorité du monde.

Le discours idéologique d’aujourd’hui est d’une absurdité effarante. Le retour à l’interventionnisme est annoncé comme une rédemption nécessaire pour le bon fonctionnement social de demain. 30 ans d’ultralibéralisme sont effacés en quelques éditoriaux dans la presse nationale par ses défenseurs convertis qui, hier encore, n’en démordaient pas de leurs convictions. En vérité, ces 30 années n’ont été qu’une attaque fulgurante contre les possibilités de collectivités et les liens de solidarité. Ce discours interventionniste fait preuve d’une amnésie inquiétante. « Le capitalisme de demain sera différent » nous annonce-t-on. C’est faire preuve d’une grande étroitesse temporelle dans sa perception de l’histoire. Les politiques interventionnistes ont toujours eu lieu. Elles ont toujours eu lieu après les crises. Elles ont toujours laissé place, finalement, à l’expansionnisme. Elles n’ont pas sauvé l’économie, elles ne sont qu’un élément d’une suite de transformations libre-échange/protectionnisme/libre-échange/protectionnisme qui s’entremêlent, parsemées de crises, depuis au moins la révolution industrielle.

Ce qu’on nous annonce, à gauche comme à droite, est une promesse salvatrice par le retour au keynésianisme. Ca n’avait déjà pas marché à l’époque. Les Etats-Unis ne s’étaient sorti de la crise que grâce à la guerre. Le pays le plus touché par le crash de 29, l’Allemagne, a sombré dans un aveuglement psychotique que personne ne désire se voir répéter. L’Europe entière n’a pu se relever que parce qu’elle était en cendres. Le capitalisme de demain sera celui d’hier. Ce sera toujours le même, avec les mêmes façons de le gérer, qu’on alterne, de la face A à la face B, alors que le disque est rayé. Le discours actuel prétend nous faire croire que la crise actuelle est celle du libéralisme. C’est un leurre. Le libéralisme n’est qu’une phase nécessaire du mode de production actuel. Centrer la critique sur cette doctrine revient à accuser l’arme à feu d’un braqueur sans mettre en cause celui-ci et en niant qu’il en porte une seconde. Toutes ces tergiversations se détournent des réelles conséquences du consumérisme, dont le glas a finalement sonné.

Car l’annonce a eu lieu, il y a peu, dans le milieu scientifique : « Le moment où on aurait pu éviter un réchauffement climatique de 2 degrés est passé. Les occasions d’y parvenir ont été gâchées pour cause de déni et de retard à agir ».

Face à cet échec, cherchons les solutions.

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2 Réponses to “Chercher des solutions”

  1. Yep Says:

    Une proposition dans un texte trouvable en ligne : tracer les réseaux qui font notre monde pour retrouver des prises sur celui-ci et tenter de les reconfigurer. Bref, une esquisse de projet politique à sa manière : http://yannickrumpala.wordpress.com/2009/01/04/cartographier-le-contemporain/

  2. Arachnee Says:

    Ca défonce.

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