Le rêve politique de la peste (Foucault 1975)

21/11/2015
Le chapitre de Foucault (1975) sur l’usage du dispositif disciplinaire en période de peste : le panoptisme dans « Surveiller et punir » :

Voici, selon un document de la fin du XVIIe siècle, les mesures qu’il fallait prendre quand la peste se déclarait dans une ville [1] :

D’abord, un strict quadrillage spatial : fermeture, bien entendu, de la ville et du « terroir », interdiction d’en sortir, sous peine de la vie, mise à mort de tous les animaux errants ; pouvoir d’un intendant. Chaque rue est placée sous le conseil d’un syndic ; il la surveille ; s’il la quittait, il serait puni de mort. Le jour désigné, on ordonne à chacun de se renfermer dans sa maison : défense d’en sortir sous peine de la vie. Le syndic vient lui-même fermer, de l’extérieur, la porte de chaque maison ; il emporte la clé qu’il remet à l’intendant de quartier ; celui-ci la conserve jusqu’à la fin de la quarantaine. Chaque famille aura fait ses provisions ; mais pour le vin et le pain, on aura aménagé entre la rue et l’intérieur des maisons, des petits canaux de bois, permettant de déverser à chacun sa ration sans qu’il y ait une communication entre les fournisseurs et les habitants. ; pour la viande, le poisson et les herbes, on utilise des poulies et des paniers. S’il faut absolument sortir des maisons, on le fera à tour de rôle, et en évitant toute rencontre. Ne circulent que les intendants, les syndics, les soldats de la garde et aussi entre les maisons infectées, d’un cadavre à l’autre, les « corbeaux » qu’il est indifférent d’abandonner à la mort ; ce sont « des gens de peu qui portent les malades, enterrent les morts, nettoient et font beaucoup d’offices vile et abject ». Espace découpé, immobile, figé. Chacun est arrimé à sa place. Et s’il bouge, il y va de sa vie, contagion ou punition.

 L’inspection fonctionne sans cesse. Le regard partout est en éveil : « un corps de milice considérable, commandé par de bons officiers et gens de bien », des corps de garde aux portes, à l’hôtel de ville, et dans tous les quartiers pour rendre l’obéissance du peuple plus prompte, et l’autorité des magistrats plus absolue, « comme aussi pour surveiller à tous les désordres, voleries et pilleries ». Aux portes, des postes de surveillance ; au bout de chaque rue, des sentinelles. Tous les jours, l’intendant visite le quartier dont il a la charge, s’enquiert si les syndics s’acquittent de leurs tâches, si les habitants ont à s’en plaindre ; ils « surveillent leurs actions ». Tous les jours aussi, le syndic passe dans la rue dont il est le responsable ; s’arrête devant chaque maison ; fait placer les habitants aux fenêtres (ceux qui habiteraient sur la cour se verraient assigner une fenêtre sur la rue où nul autre qu’eux ne pourrait se montrer); appelle chacun par son nom ; s’informe de l’état de tous, un par un – « en quoi les habitants seront obligés de dire la vérité sous peine de la vie » ; si quelqu’un ne se présente pas à la fenêtre, le syndic doit en demander raisons : « Il découvrira par là facilement si on recèle des morts ou des malades. » Chacun enfermé dans sa cage, chacun à sa fenêtre, répondant à son nom et se montrant quand on lui demande, c’est la grande revue des vivants et des morts.

Cette surveillance prend appui sur un système d’enregistrement permanent : rapport des syndics aux intendants, des intendants aux échevins ou au maire. Au début de la « serrade », un par un, on établit le rôle de tous les habitants présents dans la ville ; on y porte « le nom, l’âge, le sexe, sans exception de condition » : un exemplaire pour l’intendant du quartier, un second au bureau de l’hôtel de ville, un autre pour que le syndic puisse faire l’appel journalier. Tout ce qu’on observe au cours des visites – morts, maladies, réclamations, irrégularités – est pris en note, transmis aux intendants et aux magistrats. Ceux-ci ont la main haute sur les soins médicaux ; ils ont désigné un médecin responsable ; aucun autre praticien ne peut soigner, aucun apothicaire préparer les médicaments, aucun confesseur visiter un malade, sans avoir reçu de lui, un billet écrit « pour empêcher que l’on recèle et traite, à l’insu des magistrats, des malades de la contagion ». L’enregistrement du pathologique doit être constant et centralisé. Le rapport de chacun à sa maladie et à sa mort passe par les instances du pouvoir, l’enregistrement qu’elles en font, les décisions qu’elles prennent.

Cinq ou six jours après le début de la quarantaine, on procède à la purification des maisons, une par une. On fait sortir tous les habitants ; dans chaque pièce on soulève ou suspend « les meubles et les marchandises » ; on répand du parfum ; on le fait brûler après avoir bouché avec soin les fenêtres, les portes et jusqu’aux trous de serrure qu’on remplit de cire. Finalement on ferme la maison tout entière pendant que se consume le parfum ; comme à l’entrée, on fouille les parfumeurs « en présence des habitants de la maison, pour voir s’ils n’ont quelque chose en sortant qu’ils n’eussent pas en entrant ».Quatre heures après, les habitants peuvent rentrer chez eux.

Cet espace clos découpé, surveillé en tous ses points, où les individus sont insérés en une place fixe, où les moindres mouvements sont contrôlés, où tous les évènements sont enregistrés, ou un travail ininterrompu d’écriture relie le centre et la périphérie, où le pouvoir s’exerce sans partage, selon une figure hiérarchique continue, où chaque individu est constamment repéré, examiné et distribués entre les vivants, les malades et les morts – tout cela constitue un modèle compact du dispositif disciplinaire. A la peste répond l’ordre ; il a pour fonction de débrouiller les confusions : celle de la maladie qui se transmet lorsque les corps se mélangent ; celle du mal qui se multiplie lorsque la peur et la mort effacent les interdits. Il prescrit à chacun sa place, à chacun son corps, à chacun sa maladie et sa mort, à chacun son bien, par l’effet d’un pouvoir omniprésent et omniscient qui se subdivise lui-même de façon régulière et ininterrompue jusqu’à la détermination finale de l’individu, de ce qu’il le caractérise, de ce qui lui appartient, de ce qu’il lui arrive. Contre la peste qui est mélange, la discipline fait valoir son pouvoir qui est d’analyse. Il y a eu autour de la peste toute une fiction littéraire de la fête : les lois suspendues, les interdits levés, la frénésie du temps qui passe, les corps se mêlent sans respect, les individus qui se démasquent, qui abandonnent leur identité statuaire et la figure sous laquelle on les reconnaissait, laissant apparaître une vérité tout autre. Mais il y a eu aussi un rêve politique de la peste, qui en était exactement l’inverse : non pas la fête collective, mais les partages stricts ; non pas les lois transgressées, mais la pénétration du règlement jusque dans les plus fins détails de l’existence et par l’intermédiaire d’une hiérarchie complète qui assure le fonctionnement capillaire du pouvoir ; non pas les masques qu’on met et qu’on enlève, mais l’assignation à chacun de son « vrai » nom, de sa « vraie » place, de son « vrai » corps et de la « vraie » maladie. La peste comme forme à la fois réelle et imaginaire du désordre a pour corrélatif médical et politique la discipline. Derrière les dispositifs disciplinaires, se lit la hantise des « contagions », de la peste, des révoltes, des crimes, du vagabondage, des désertions, des gens qui apparaissent et disparaissent, vivent et meurent dans le désordre.

S’il est vrai que la lèpre a suscité les rituels d’exclusions qui ont donné jusqu’à un certain point le modèle et comme la forme générale du grand Renfermement, la peste, elle, a suscité des schémas disciplinaires. Plutôt que le partage massif et binaire entre les uns et les autres, elle appelle des séparations multiples, des distributions individualisantes, une organisation en profondeur des surveillances et des contrôles, une intensification et une ramification du pouvoir. Le lépreux est pris dans une pratique du rejet, de l’exil-clôture ; on le laisse s’y perdre comme dans un masse qu’il importe peu de différencier ; les pestiférés sont pris dans un quadrillage tactique méticuleux où les différenciations individuelles sont les effets contraignants d’un pouvoir qui se multiplie, s’articule et se subdivise. Le grand Renfermement d’une part ; le bon dressement de l’autre. La lèpre et son partage ; la peste et ses découpages. L’une est marquée ; l’autre, analysée et répartie. L’exil du lépreux et l’arrêt de la peste ne portent pas avec eux le même rêve politique. L’un, c’est celui d’une communauté pure, l’autre celui d’une société disciplinée. Deux manières d’exercer le pouvoir sur les hommes, de contrôler leurs rapports, de dénouer leurs dangereux mélanges. La ville pestiférée, toute traversée de hiérarchie, de surveillance, de regard, d’écriture, la ville immobilisée dans le fonctionnement d’un pouvoir extensif qui porte de façon distincte sur tous les corps individuels – c’est l’utopie de la cité parfaitement gouvernée. La peste (celle du moins qui reste à l’état de prévision), c’est l’épreuve au cours de laquelle on peut définir idéalement l’exercice du pouvoir disciplinaire. Pour faire fonctionner selon la pure théorie les droits et les lois, les juristes se mettaient imaginairement dans l’état de nature ; pour voir fonctionner les disciplines parfaites, les gouvernants rêvaient de l’état de peste. Au fond des schémas disciplinaires l’image de la peste vaut pour toutes les confusions, et les désordres ; tout comme l’image de la lèpre, du contact à trancher, est au fond des schémas d’exclusion.

Schémas différents, donc, mais non incompatibles. Lentement, on les voit se rapprocher ; et c’est le propre du 19e siècle d’avoir appliqué à l’espace de l’exclusion dont le lépreux était l’habitant symbolique (et les mendiants, les vagabonds, les fous, les violents formaient la population réelle) la technique de pouvoir propre au quadrillage disciplinaire. Traiter les « lépreux » comme des « pestiférés », projeter les découpages fins de la discipline sur l’espace confus de l’internement, le travailler avec les méthodes de répartition analytique du pouvoir, individualiser les exclus, mais se servir des procédures d’individualisation pour marquer des exclusions – c’est cela qui a été opéré régulièrement par le pouvoir disciplinaire depuis le début du 19e siècle : l’asile psychiatrique, le pénitencier, la maison de correction, l’établissement d’éducation surveillée, et pour une part les hôpitaux, d’une façon générale toutes les instances de contrôle individuel fonctionnent sur un double mode : celui du partage binaire et du marquage (fou – non fou ; dangereux – inoffensif ; normal – anormal) ; et celui de l’assignation coercitive, de la répartition différentielle (qui il est ; où il doit être ; par quoi le caractériser, comment le reconnaître, comment exercer sur lui, de manière individuelle, une surveillance constante, etc;). D’un côté, on « pestifère » les lépreux ; on impose aux exclus la tactique des disciplines individualisantes ; et d’autre part l’universalité des contrôles disciplinaires permet de marquer qui est « lépreux » et de faire jouer contre lui les mécanismes dualistes de l’exclusion. Le partage constant du normal et de l’anormal, auquel tout individu est soumis, reconduit jusqu’à nous et en les appliquant à tout autres objets, le marquage binaire et l’exil du lépreux ; l’existence de tout en ensemble de techniques et d’institutions qui se donnent pour tâche de mesurer, de contrôler, et de corriger les anormaux, fait fonctionner les dispositifs disciplinaires qu’appelait la peur de la peste. Tous les mécanismes de pouvoir qui, de nos jours encore, se disposent autour de l’anormal, pour le parquer comme pour le modifier, composent ces deux formes dont elles dérivent de loin.

*

Les épidémies de peste, dès le XVIIe siècle, ont suscité des schémas disciplinaires : ville quadrillée en quartiers, peine de mort en cas de franchissement des limites, isolement chacun dans sa maison, obligation de paraître à sa fenêtre tous les jours sur ordre du service d’ordre pour prouver qu’on est encore vivant et non malade (et lorsqu’on meurt, on est emporté par des « gens de peu qui portent les malades, enterrent les morts, nettoient et font beaucoup d’offices vils et abjects »[2]. La ville en danger de peste, c’est l’utopie de la cité parfaitement gouvernée : on oppose l’ordre absolu pour combattre le désordre de la maladie.

[Pour en lire plus, le chapitre complet]
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EXPULSION PREVUE D’UN MEMBRE DU COLLECTIF DES AFGHANS

15/09/2014

Le lundi 3 septembre, Said Shaber Ahmad, un membre du collectif afghan occupant l’Eglise du Béguinage s’est fait arrêté à l’Office des Etrangers alors qu’il introduisait une demande d’asile. Il est originaire d’un village proche de Jalalabad, une région sous le contrôle des talibans. Il lui est annoncé qu’il pourra fuir à Jalabad, en passant par la route venant de Kaboul, une route sous contrôlée par les Talibans et parsemée de mines antipersonnelles. Selon une obervatrice de la région, « la perspective du retrait des troupes de l’OTAN met l’axe Peshawar-Jalalabad-Kaboul en première ligne des provinces dangereuses ».

La situation en Afghanistan est qualifiée de « violence généralisée » par le HCR qui préconise dans l’octroi de la protection subsidiaire pour toute personne originaire du pays. C’est sans compter que la Belgique participe à ce conflit, où 14 % des victimes civiles le sont du fait des forces armées internationales (selon l’UNAMA). Or la Belgique a un devoir de protection pour les civils des zones où elle est en conflit, au regard du droit international.

Le Commissariat Général aux Réfugiés et aux Apatrides, qui semble avoir répondu partiellement aux revendications du mouvement des afghans en modifiant sensiblement ses pratiques, reconnaît désormais le statut de réfugié à des personnes issues de Jalalabad. Une fois n’est pas coutume, l’Office des Étrangers – extension directe du pouvoir de Maggy de Block – a choisi de bloquer le dossier de ce jeune homme. Said Shaber Ahmad, 19 ans, est enfermé sans avoir commis de délit et sera renvoyé dans une des régions les plus dangereuses du monde.

Pour réclamer sa libération, le collectif des afghans et son comité de soutien appelle à la manifestation devant l’Office des étrangers ce mercredi 17 septembre à 13h.

Personne de contact : Valentine Reyniers 0494 59 43

« Je crois que le gouvernement devrait lire mes e-mails » : une réponse informée

18/07/2014

Il y a un an, un utilisateur postait un message intitulé « I believe the government should be allowed to view my e-mails, tap my phone calls, and view my web history for national security concerns. CMV » dans la catégorie « Change My View » (« Changez mon opinion ») du forum reddit. Le CMV étant une ouverture à lui fournir des arguments contradictoires. En voici la traduction :

« Je n’ai rien à cacher. Je ne viole pas la loi, je n’écris pas d’e-mails haineux, je ne participe à aucune organisation terroriste et je n’envoie certainement pas d’informations secrètes à d’autres pays/terroristes. Le pire que le gouvernement puisse lire dans mes e-mails est que je suis allé voir « Now You See It » la semaine passée et que je suis très excité par le fait que les Blackhawks cartonnent tout. Si le gouvernement est capable de trouver, chasser, et stopper un terroriste qui veut faire exploser mon bureau dans Downtown Chicago, je suis absolument prêt à ce qu’ils lisent ce qu’ils veulent pour mettre la main dessus. Pour ma sécurité et celle des centaines de personnes innocentes qui n’ont pas à mourir, s’il vous plait lisez mes e-mails ! »

Le contexte de ce post, c’est une continuation du Patriot Act commencé sous Bush aux Etats-Unis dans sa « guerre contre le terrorisme » qui suit l’attaque du 11 septembre. Barack Obama s’était lui-même opposé au Patriot Act de Bush alors qu’il était Sénateur. En 2011, le Patriot Act a été renouvellé par toutes les institutions démocratiques américaines et promulgé par Obama. Le Patriot Act a été vivement critiqué pour l’entrave aux libertés individuelles, notamment en matière de surveillance de la vie privée des citoyens, en rupture avec le 4ème amendement de la Constitution américaine. En mai 2012, à l’occasion d’un sommet de l’OTAN, un projet d’attentat visant le bureau de campagne d’Obama à Chicago aurait été « déjoué ». Les personnes interpellées ont clamé leur innocence et n’ont par ailleurs pas été condamnées. C’est à cet événement que l’auteur du post supra fait référence. Néanmoins, la Foreign Intelligence Court statue alors que les modalités de surveillance sont « déraisonnées selon le 4ème amendement ». L’administration répond que la Cour n’a sûrement pas compris les enjeux de cette récolte d’informations. Le même type de loi permettant la surveillance généralisée est discutée en ce moment au parlement français.

Arrive Edward Snowden. En juillet 2013, un agent de la NSA révèle l’incroyable système de surveillance mondial mis en place par la NSA en rendant public des milliers de documents américains classés comme secret (voir ici pour une thèse selon laquelle les documents  de la NSA ne permettent pas d’identifier une surveillance de masse, et voir ici pour une critique de cette thèse).

Cette révélation met au coeur du débat public la question de la surveillance de masse. Celle-ci est vivement critiquée. C’est à ce moment qu’écrit notre posteur, qui affirme son opinion en s’interrogant sur les critiques.

En réponse, un commentaire a particulièrement retenu l’attention des utilisateurs de reddit. Cette réponse, la mieux quotée du forum (plus que le post original), mérite une traduction totale que je fournis ci-dessous. Elle est formulée par l’ex-habitant d’un pays des printemps arabes, et explique les raisons pour lesquelles il considère la surveillance généralisée des citoyens comme un indicateur terrible en termes de liberté, dont la sécurité n’est pas selon lui une justification.

J’ai vécu dans un pays généralement qualifié de dictature. L’un de ces pays du « printemps arabe ». J’ai vécu sous les couvre-feu et j’ai vu les différents résultats du même type de surveillance qui émerge aux États-Unis. Les gens qui parlent de couvre-feu ici ne réalisent pas vraiment ce que l’on RESSENT.

1) L’intention de ce type de surveillance du point de vue des gouvernements est de contrôler les ennemis de l’État. Pas les terroristes. Les gens qui se réunissent autour d’idées qui pourraient déstabiliser le status quo. Cela peut être des idées religieuses. Cela peut être des groupes comme les Anonymous qui sont trop compétents avec les technologies aux yeux des gouvernements. Cette surveillance facilite énormément la connaissance de l’identité de ces gens. Elle facilite aussi le contrôle de ces personnes.

Avec cette technologie en place, le gouvernement n’a pas à vous mettre en prison. Ils peuvent faire quelque chose de plus sinistre. Ils peuvent simplement vous envoyer une photo sexy que vous avez pris avec votre petite amie. Ou ils peuvent vous envoyer une note disant qu’ils peuvent prouver que votre père fraude les impôts. Ou ils peuvent menacer de faire renvoyer votre père de son travail. Tout ce que vous avez à faire, dit l’email, est de leur écrire un rapport chaque semaine, sinon votre père perdra son job. Alors vous le faites. Vous dénoncez vos amis, et même s’ils essaient de rendre les réunions plus discrètes, vous continuez à les dénoncer pour protéger votre père.

2) Disons que cette première étape a eu lieu. Le pays est devenu un endroit malsain maintenant. Vraiment malsain. Bientôt, un mouvement émerge du type Occupy, à l’exception qu’il est beaucoup plus grand cette fois. Les gens sont vraiment sérieux, et ils disent qu’ils veulent un gouvernement sans ce type de pouvoir. Je suppose que les gens sont en train de réaliser que c’est quelque chose de sérieux. Vous voyez aux nouvelles que l’on tire du gaz lacrymogène. Vos amis vous appellent, frénétiques. Ils tirent sur les gens. Oh mon dieu, vous n’avez jamais signé pour ça. Vous vous dites, merde. Mon père perdra peut-être son boulot mais je ne serai pas responsable pour un mort quelconque. Ça va trop loin. Vous arrêtez d’envoyer vos rapports. Vous arrêtez d’aller aux réunions. Vous restez à la maison, et vous essayez de ne plus regarder les nouvelles. Trois jours plus tard, la police est à votre porte et vous arrête. Elle confisque votre ordinateur et vos téléphones, et elle vous tabasse un peu. Personne ne peut vous aider et on vous regarde en restant tranquillement assis. Ils savent que s’ils disent quoi que ce soit, ils seront les prochains. C’est arrivé dans le pays où je vivais. Ce n’est pas une blague.

3) Difficile de dire depuis combien de temps vous êtes ici. Ce que vous avez vu était horrible. La plupart du temps, vous n’avez entendu que des cris. Des gens qui suppliaient qu’on les tuent. Des bruits que vous n’aviez jamais entendus avant. Vous, vous avez été chanceux. On vous donné quelques coups de pieds chaque jour quand ils vous ont balancé la nourriture moisie, mais personne ne vous a traumatisé. Personne n’a usé de violence sexuelle à votre égard, pour autant que vous vous en souveniez. Il y a bien eu quelques fois où ils vous ont donné des pilules et vous ne pourriez pas être certain de ce qu’il s’est passé ensuite. Pour être honnête, les pilules étaient parfois le meilleur moment de votre journée, parce qu’au moins vous ne sentiez plus rien. Vous avez des cicatrices qui témoignent de la manière dont vous avez été traité. Vous apprenez en prison que la torture est devenue monnaie courante. Mais quiconque transfère des vidéos ou des photos de cette torture sera qualifié de taupe. Agir comme tel est considéré comme une menace envers la sécurité nationale. Bientôt, une entaille à votre jambe devient particulièrement inquiétante. Vous pensez qu’elle est infectée. Il n’y avait pas de médecin dans la prison, et elle était surpeuplée, qui sait ce qui a pu entrer dans cette blessure. Vous allez chez le médecin, mais il refuse de vous recevoir. Il sait que s’il le fait, le gouvernement peut voir dans les données qu’il vous a soigné. Rien que le fait que vous ayez appelé à son bureau lui vaut une visite de la police locale.

Vous décidez de rentrer à la maison et de voir vos parents. Peut-être peuvent-ils vous aider. L’état de cette jambe s’aggrave. Vous vous rendez à leur domicile. Ils ne sont pas à la maison. Vous ne pouvez pas les joindre, quel que soit le mal que vous vous donniez. Un voisin vous prend à parti, et vous informe rapidement qu’ils ont été arrêtés trois semaines auparavant et qu’on ne les a pas vus depuis. Vous vous rappelez vaguement leur avoir dit au téléphone que vous alliez vous rendre à cette manifestation. Même votre petit frère n’est pas là.

4) Est-ce vraiment en train de se passer ? Vous regardez les nouvelles. Les résultats sportifs. L’actualité des célébrités. Tout se passe comme s’il n’y avait pas de problème. Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Un étranger se moque de vous alors que vous lisez le journal. Vous perdez votre sang froid. Vous lui criez « vas te faire foutre mec, qu’est-ce qui te fait marrer, tu vois pas que j’ai une putain de blessure à la jambe ? »

« Désolé » répond-il. « Je ne savais juste pas qu’il y avait encore des gens pour lire les journaux. » Il n’y a plus de vrai journaliste depuis des mois. Ils sont tous en prison.

Tout le monde autour de vous est effrayé. Ils ne peuvent parler à personne d’autre car ils ne savent pas qui envoient des rapports au gouvernement. Merde, après tout, VOUS avez envoyé des rapports au gouvernement. Peut-être qu’ils veulent juste que leurs enfants aillent à l’école. Peut-être qu’ils veulent juste garder leur boulot. Peut-être qu’ils sont malades et qu’ils veulent être capable d’aller chez le médecin. C’est toujours une simple raison. Les bonnes personnes font des toujours des mauvaises choses pour de simples raisons.

Vous voulez protester. Vous voulez retrouver votre famille. Vous avez besoin d’aide pour votre jambe. Tout cela est bien au delà de tout ce que vous auriez voulu. Tout a commencé parce que vous vouliez juste que les animaux reçoivent un traitement adéquat dans les fermes. Maintenant, vous êtes fondamentalement considéré comme un terroriste, et tout le monde autour de vous vous dénonce. Vous ne pouvez définitivement plus utiliser un téléphone ou un mail. Vous ne pouvez plus trouver de travail. Vous ne pouvez même plus avoir confiance aux gens que vous croisez. A chaque coin de rue, il y a des gens armés. Ils sont aussi terrifiés que vous ne l’êtes. Ils ne veulent juste pas perdre leur boulot. Ils ne veulent pas être désignés comme traîtres.

Tout cela s’est produit dans le pays où je vivais.

Vous voulez savoir comment les révolutions arrivent ? Parce que petit à petit, de petites choses deviennent de pire en pire. Mais ce qu’il se passe là est quelque chose de gros.C’est l’ingrédient clé. Il leur permet de savoir tout ce dont ils ont besoin pour accomplir ce qui est décrit plus haut. Le fait qu’ils sont en train de le faire est la preuve qu’ils sont le type de personnes qui utiliseront ces informations de la manière dont je l’ai décrite. Dans le pays où je vis, ils ont aussi annoncé que ce serait pour la sécurité de la population. Pareil en Russie soviétique. Pareil en Allemagne de l’Est. En fait, c’est toujours l’excuse utilisée pour surveiller tout le monde. Mais cela n’a jamais été UNE SEULE FOIS prouvé être une réalité.

Peut-être qu’Obama ne le fera pas. Peut-être que le prochain type ne le fera pas, ni même celui d’après. Peut-être que cette histoire ne vous concerne pas vous. Peut-être que cela se passera dans 10 ou 20 ans, quand une grosse guerre arrivera, ou une autre grosse attaque. Peut-être qu’il s’agit de votre fille ou de votre fils. Nous ne le savons simplement pas encore. Mais ce que nous savons c’est qu’en ce moment même, nous avons le choix. Sommes-nous d’accord avec cela, ou pas ? Voulons-nous que ce pouvoir existe, ou pas ?

Vous savez pour moi, ce qui me chagrine est que j’ai grandi dans une école où j’ai fait Serment d’Allégeance [NDT : aux États-Unis d’Amérique].On m’y a enseigné que les États-Unis signifiaient « liberté et justice pour tous ». Vous grandissez,vous apprenez que dans ce pays on définit cette phrase à partir de la Constitution. C’est ce qui nous dit ce qu’est la liberté et ce qu’est la justice. Et bien, le gouvernement vient de violer ce cet idéal. Donc s’ils ne font plus pour la liberté et la justice, pour quoi est-ce qu’ils le font ? La sécurité ?

Posez-vous cette question. Dans l’histoire que j’ai relatée plus haut, qui que ce soit a-t-il l’air en sécurité ?

Je n’ai pas inventé tout cela. Ces choses sont arrivées à des gens que je connais. Nous pensions que ça ne pouvait pas se produire en Amérique. Mais devinez quoi ? Cela vient de commencer.

Je suis véritablement attristé quand des gens disent « Je n’ai rien à cacher. Qu’ils lisent tout. » Les gens qui disent cela n’ont aucune idée de ce qu’ils permettent de placer au-dessus de leur tête. Ils sont naïfs, et nous devons écouter les personnes des autres pays qui nous disent clairement que c’est un terrible, terrible signe et qu’il est temps de se lever et de dire non.

 

 

Le mouvement des afghans : Retour sur les questions de fond

01/05/2014

Le jeudi 3 avril 2014, la libre publiait un article titré « Église du béguinage, les afghans capitulent », un titre qui est non seulement erronné dans les faits qu’il relate, mais aussi dans le cadrage qu’il propose. Les enjeux de la lutte des afghans pour leur droit au séjour sont analysés par l’impact le plus local des événements : « les afghans occupent un nouveau bâtiment », « Maggy Deblock ne cédera pas au chantage », « les afghans capitulent », « confrontation avec la police ». La description des traits psychologiques des différents acteurs poussent à une lecture moraliste qui s’éloigne de l’analyse politique. Or, il ne s’agit pas d’une lutte entre une secrétaire d’État, qui sera humaine ou sévère, et un mouvement social, qui sera courageux ou fatigué. Il s’agit de traiter la question de fond : est-il légitime d’expulser vers l’Afghanistan ?

Pour y répondre, il convient d’articuler l’analyse du contexte belge et l’analyse du contexte afghan. L’Afghanistan, pays en guerre depuis 32 ans, traverse en 2001 une année terriblement violente pour sa population civile, lorsque les Etats-Unis y envoient des troupes suite à l’attentat du 11 septembre. La Belgique rejoindra la coalition quelques mois plus tard. Si l’on ne suit les sources que d’une seule partie du conflit, l’OTAN (par son organe de sécurité UNAMA), on constate que la violence des combats augmente avec l’extension du pouvoir des Talibans en 2006, pour atteindre un record en morts civiles en 2011. Les deux principales causes de mortalités sont les explosifs improvisés, qui tuent 2 personnes par jour, et les affrontements directs.

La Belgique avait cessé d’expulser les ressortissants afghans, pourtant en 2010 elle choisit de se remettre à l’ouvrage. Elle le fait sans accord de réadmission du gouvernement afghan. Pas besoin : c’est l’armée belge qui contrôle l’aéroport de Kaboul. Paradoxalement, à partir de 2009, plus le nombre de morts civiles augmentent, plus le nombre de déportations depuis la Belgique augmentera lui aussi.

Les Afghans n’ont jamais cessé de revendiquer leur droit à une protection internationale. Des actions collectives ont eu lieu en 2009, 2010 et 2011. Le dernier mouvement des afghans a débuté par une action collective le 8 mars 2013, la journée internationale de la femme. En juillet 2013, ils se rendaient devant le cabinet de la Secrétaire d’Etat avec des familles pour dénoncer le danger particulier pour les enfants, revendication soutenue par le pédopsychiatre Peter Adrianssens. Que ce soit des familles qui composent ce mouvement n’est pas une simple curiosité locale : le nombre de mort de femmes et d’enfants a augmenté de 55 % en 2010. L’année 2013 atteint presque le record de victimes, en faisant la seconde année la plus violente en 12 ans de conflit. 75 % des incidents sont causés par des explosifs improvisés : les enfants en sont les victimes privilégiées. La violence à l’encontre des femmes a doublé en quatre ans.

En Belgique, les expulsions de ressortissants afghans ont triplé. De nombreuses familles se voient refuser toute possibilité de séjour même temporaire. Elles ne sont néanmoins pas expulsées et se voient proposer un retour volontaire, contre leur droit à un accueil. Un choix impossible entre les rues de Bruxelles et les rues de Kaboul. Une politique qui les laisse de fait dans une illégalité structurelle.

Ce sont ces familles qui, le 8 septembre 2013, occupent un bâtiment à la rue du trône, afin de manifester auprès du cabinet du Premier Ministre. Parce qu’un premier Ministre socialiste serait plus à l’écoute qu’une Secrétaire d’État libérale ? Non. Deux jours avant l’occupation, l’agence belga dressait le bilan de la mission des F16 belges – des chasseurs bombardiers – en Afghanistan : 14.000 heures de vol et 5000 missions de soutien à l’armée de terre. Or, selon les chiffres de l’UNAMA, que l’on peut considérer comme une sous-estimation, 14 % des victimes le sont du fait des forces armées internationales, dont 110 enfants tués par les forces aériennes. Les revendications des familles afghanes ne sont pas déconnectées de leur expérience en Afghanistan : elles demandent la protection d’un gouvernement qui les bombarde. Contrairement à nous, leur expérience rend évident à leurs yeux le lien entre leur condition en Belgique et les enjeux géopolitiques de leur pays.

Les Afghans s’adressent donc au gouvernement belge, représenté par son Premier Ministre pour demander un moratoire sur les expulsions vers l’Afghanistan. Ils sont suivis dans cette revendication par l’ensemble des associations spécialisées sur les questions d’asile.

Lors du débat au Parlement sur le CGRA, le sujet est mis sur la table. Le CIRE, le Vluchtelingenwerk et la Ligue des droits de l’Homme dénoncent des dysfonctionnements structurels dans la manière dont les demandes d’asile sont traitées. Simultanément, 50 mètres plus loin, la police de Bruxelles renversent des poussettes et un agent matraque le crâne d’un des afghans qui gardera huit points de sutures.

Les questions posées par les instances d’asile attendent des réponses encyclopédiques : les noms de tous les districts avoisinants le sien, le nom des rivières, le nom des hôpitaux, les noms des enfants des hommes politiques locaux. Le document stratégique de l’Union Européenne souligne pourtant que 72 % de la population est analphabète.

Par ailleurs les sources utilisées pour compter les incidents en Afghanistan, et notamment à Kaboul, sous-évaluent le risque réel. Le simple comptage des incidents ne donne aucune idée de la campagne de terreur : ANSO, organisation dévouée à la sécurité des ONG dans les pays en guerre, déclare que la légère et temporaire baisse de morts civiles en 2012 a été accompagnée d’une large campagne d’intimidation dans les villages. De plus, les rapports de l’UNAMA se limitent aux affrontements entre les forces internationales et les talibans, dans un conflit où s’affrontent entre eux les seigneurs de guerre et les groupes insurgés : ce vers quoi se dirige le conflit afghan après le retrait des forces armées en fin 2014. Ces incidents et leurs victimes ne sont pas comptabilisés. En 2010, le GRIP avait d’ailleurs critiqué la méthode dite de « surveillance passive », employée par le CGRA, pour évaluer les morts : la lecture des rapports et de la presse internationale, qui tendent à rapporter les morts de leurs ressortissants. Les incidents les plus locaux sont relevés dans la presse de langue locale, que les experts ne maîtrisent pas. Employant une méthode plus fiable dans son dernier rapport sur l’Afghanistan, MSF comptabilisait qu’une personne sur trois dans son hôpital à Kaboul a été ou a eu un proche victime de violence liée à la guerre. La ville, considérée comme une zone sûre par la Belgique, est pourtant considérée comme une cible privilégiée des attentats suicides : l’attaque du Serena Hotel a vu une balle dans la tête d’une fille de 10 ans et d’un garçon de 3 ans. Qui a interrogé les responsables de sécurité des équipes d’ONG à Kaboul et pour quelle raison ? Les rapports de sécurité d’ANSO ne sont désormais plus publics, suite à leur usage douteux par les administrations nationales qui cherchent à déterminer si telle rue est moins sujette à un attentat suicide que l’autre, plutôt que de considérer la sécurité de la ville comme un ensemble.

Aujourd’hui, le taux de reconnaissance par le CGRA a évolué. C’est une demi-victoire du mouvement des Afghans. Ils se félicitent de voir le taux de protection rehaussé, ils s’interrogent toujours sur le sort de ceux et celles qui n’auront pas bien répondu aux questions… Capitulent-ils ? Changent-ils de bâtiment ? Ces questions sont superficielles et nient la réalité internationale. La question à se poser est la suivante : les institutions belges permettent-elles de faire appliquer le droit d’asile ? Mais elle en cache une bien plus profonde : quel est le bilan et la responsabilité de la Belgique dans sa guerre en Afghanistan ?

Sur les attentats coordonnés du 20 mars en Afghanistan

21/03/2014

Ce 20 mars, des attaques coordonnées des talibans auront marqué les esprits des afghans.

A Jalalabad, un rebelle s’est fait explosé avec une voiture piégée auprès d’un commissariat de police, suivi par 6 autres talibans armés d’explosifs. L’attaque a tué les 7 terroristes ainsi qu’une personne civile et a blessé 14 policiers selon le Washington post. Pendant ce temps, Al Jazeera couvrait l’attaque du Serena, hôtel de luxe à Kaboul, pourtant considérée comme une zone sûre par le CGRA. 3 civils, dont un employé de l’hôtel, ont été blessés. Les quatre auteurs de l’attentat ont été tué. C’est la seconde attaque sur cet hôtel en 6 ans : en 2008, un attentat suicide à la bombe y avait tué 8 personnes. En 2009, un attentat suicide dénoncé par le Secrétaire Général des Nations Unies avait tué plus de 20 personnes, dont des femmes et des enfants.

Le New York Times rapporte que les Nations Unies, dans l’urgence, ont choisi de déplacer son personnel. Tout cela se passe alors que cette semaine, une bombe a explosé dans un marché de Frayab, tuant 18 civils dans le Nord Est de l’Afghanistan.

Pendant ce temps, en Belgique, le silence s’illustre vis-à-vis du nombre de personnes afghanes qui reçoivent des décisions négatives à leur demande d’asile ou de protection, sous prétexte que Kaboul est une zone sécurisée. La protection subsidiaire vise à protéger les civils de tout conflit armé qui exprime une « violence aveugle ». Or, les talibans ont affirmé qu’en cette période électorale, des actes de violence et d’intimidation seront perpetrés. Les événements nous prouvent qu’ils tiennent parole. L’actualité nous démontre, comme nous le disent les afghans en Belgique avec leur mouvement maintenant incontournable, l’objectivité de cette « violence aveugle ».

Ainsi, une des familles qui ont réintroduit les dossiers vient de recevoir une décision négative. Que la qualité technique de l’élaboration du dossier prenne le dessus sur la situation objective de la violence aveugle dans toutes les provinces afghanes n’est pas une explication acceptable.

De plus, cette situation rend la détention d’au moins trois afghans en centre fermé, deux au 127 bis et un à Vottem, absolument intolérable. En effet, la détention en centre fermé n’est reconnue légalement que comme une mesure transitoire à une expulsion, et non pas comme une sanction en tant que tel. Ainsi, malgré la révélation progressive des événéments dénoncés depuis des mois par les afghans, le gouvernement signale par le maintien en détention des afghans qu’il est prêt à les renvoyer vers Kaboul.

Il n’y a rien aujourd’hui qui justifie une telle attitude. Nous ne préserverons l’unité politique qu’en misant sur une politique de préservation de la vie.

NOUS DEMANDONS LEUR LIBERATION !

COMMUNIQUE DE PRESSE DU COLLECTIF DES AFGHANS

14/01/2014

COMMUNIQUE DE PRESSE DU COLLECTIF DES AFGHANS

Nawabsai Surat Khan, un afghan d’une vingtaine d’années, a été arrêté lors d’une manifestation politique, dont les violences policières ont été condamnées par les associations, le 26 septembre 2013. Originaire d’une région considérée comme dangereuse par le HCR, le CGRA a considéré qu’il avait l’opportunité de s’installer dans une région sûre.Il sera expulsé ce mardi 14 février à 8h15, de Bruxelles vers Kaboul via Amsterdam (Schipool) par un vol KLM (KLM 1722).

Cette expulsion suit celle de Fahim Sofi, après la Marche des Afghans au travers d’une Wallonie chaleureuse, qui avait mené à une rencontre entre le collectif des afghans, le Premier Ministre et la Secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration. Elle sert également de point final à la Marche des Afghans au travers de la Flandre, accueillie avec enthousiasme à Gand.

A aucun moment la Secrétaire d’Etat n’a fait usage d’arguments objectifs sur les dysfonctionnements structurels dans le traitement des demandes d’asile des afghans dénoncés par la plateforme associative qui soutient leurs revendications.

Chacune des actions collectives des afghans démontre leur énergie à dénoncer une politique de représentation de la force, plutôt que de gestion raisonnée. Chacune de ces actions est également sanctionnée par les administrations de la Secrétaire d’Etat d’un nouveau sceau de la honte. Nous voulons d’une Belgique unifiée, certes. Mais à quel prix ?

Contact : Anissa Aliji 0476 63 30 72 (sera sur place)

Communiqué de presse en soutien aux afghans

29/11/2013

A l’heure actuelle, la dégradation toujours progressive de la situation en Afghanistan n’est contestée par aucun analyste. Depuis bientôt trois mois, j’accompagne le collectif afghan dans son combat pour la dignité. Ensemble, nous avons été confrontés à plusieurs formes de violence. Une violence institutionnelle, par le refus d’octroyer un titre de séjour à des personnes civiles qui fuient un pays investi par l’armée belge et par la déportation de ces gens sans autorisation du gouvernement afghan. Une violence politique, par les tentatives, parfois réussies, de déportation d’afghans privés de titre de séjour et arrêtés le jour d’une manifestation politique. Une violence policière, par les morsures de chiens tenus sans muselière, par les charges multiples de la police, piétinant, gazant et matraquant des hommes, femmes et enfants.

Il y a une semaine, deux personnes faisaient le choix d’entamer une grève de la faim pour interpeller les autorités politiques des tendances franchement inquiétantes qui ont été révélées sur le terrain. Aujourd’hui, à la veille de l’hiver et des congés parlementaires, je choisis de les rejoindre. Pour cela, je vous invite à une conférence de presse Vendredi 29/11 à 15h à l’église du béguinage.

Dans le contexte politique actuel, aucun membre des partis politiques de la majorité ne semble avoir le courage de s’opposer à la montée dans les sondages de la Secrétaire d’État à l’asile et à la migration, tant qu’elle fait de l’ombre au nationalisme flamand. Or, la condition afghane en Belgique ne correspond ni à l’idéal socialiste, ni à l’humanisme libéral, ni à la compassion chrétienne. Elle est une responsabilité collective.

A ces piliers et à l’ensemble du gouvernement, mon message est le suivant : il n’y a rien à attendre d’une société qui laisse se poursuivre ces différentes formes de violence pour se caler sur une stratégie de calendrier électoral.

Dans ce contexte, j’ai décidé de me joindre aux revendications des grévistes :

– Une enquête parlementaire sur la mort d’Aref pour déterminer la responsabilité de la Belgique dans celle-ci. Aref était un afghan privé de titre de séjour. Il a introduit 4 demandes d’asile qui ont été refusé sous prétexte qu’il n’était pas en danger. Aref a accepté un retour volontaire en Afghanistan et il en est mort, tué par les talibans qu’il craignait !

– Un audit indépendant de la police de 1000 Bruxelles sur les violences policières. En effet, ces derniers temps, nous avons été témoin de plusieurs manifestations réprimées avec violence, dont celles des afghans.

– Un moratoire sur les expulsions des afghans. L’Afghanistan est un pays en guerre où l’armée belge est engagée. Même le ministère des affaires étrangères déconseille aux belges de partir en Afghanistan.

– Un statut légal qui permet une vie digne et humaine. Avec le moratoire, les afghans devront rester en Belgique. Donc ils doivent avoir des droits humains comme cela se fait dans d’autres pays.

Communiqué public des grévistes de la faim belges en soutien aux afghans

27/11/2013

Anissa et Clément ont entamé une grève de la faim en soutien aux afghans en lutte en Belgique.  Ils expliquent ici leur geste.

Communiqué public des grévistes

Nous avons entamé une grève de la faim le 22 novembre à 15h, pour affirmer notre désaccord face aux politiques répressives de notre gouvernementà l’égard des réfugiés afghans.

Le choix d’une grève de la faim n’est pas rien, c’est un acte fort ;dans lequel on montre que l’on préfère mettre notre vie en danger plutôt que de vivre dans un pays où la démocratie s’évapore. La grève de la faim est une action non violente. Elle fut utilisée dans de nombreuses luttes gagnées pour la démocratie, comme l’ont fait Gandhi ou Martin Luther King. Depuis le début, le combat des afghans est non violent et plein de dignité. Pourtant, ils ont fait face à une violence d’Etat rarement égalée en Belgique.

Nous marquons notre soutien et notre respect à la non-violence du combat des afghans et nous dénonçons l’extrême violence de l’Etat Belge à leur égard : gaz lacrymogène sur des femmes et des enfants en sit-in, mort d’Aref, expulsions, … Les enfants sont traumatisés. Les nombreuses expulsions de bâtiment ont entrainées une peur profonde des uniformes.

Nous partageons le quotidien de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants depuis des mois. Actuellement, nous sommes dans une église et nous avons froid. Nous ne trouvons pas les mots pour répondre à leur détresse.

Dans les dessins des enfants, ce sont des bombes, des flammes et de la peur. L’espoir des jeunes filles est de pouvoir aller à l’école. L’espoir des parents est d’offrir un avenir à leurs enfants.

C’est seul que nous avons fait le choix d’entamer une grève de la faim. Nous le faisons en notre propre nom. Nous le faisons en tant que citoyen belge indigné par la situation. Le but n’est pas d’obtenir une reconnaissance de qui que ce soit mais d’avoir un changement réel. Car nous croyons encore en la démocratie. Nous espérons voir du courage politique. Nous espérons un respect des droits et un retour à la dignité.

Nous revendiquons :

–          Une enquête parlementaire sur la mort d’Arefpour déterminer la responsabilité de la Belgique dans celle-ci. Aref était un afghan privé de titre de séjour. Il a introduit 4 demandes d’asile qui ont été refusé sous prétexte qu’il n’était pas en danger. Aref a accepté un retour volontaire en Afghanistan et il en est mort, tué par les talibans qu’il craignait !

–          Un audit indépendant de la police de 1000 Bruxelles sur les violences policières. En effet, ces derniers temps, nous avons été témoin de plusieurs manifestations réprimées avec violence, dont celles des afghans.

–          Un moratoire sur les expulsions des afghans. L’Afghanistan est un pays en guerre où l’armée belge est engagée. Même le ministère des affaires étrangères déconseille aux belges de partir en Afghanistan.

–          Un statut légal qui permet une vie digne et humaine. Avec le moratoire, les afghans devront rester en Belgique. Donc ils doivent avoir des droits humains comme cela se fait dans d’autres pays.

–          Une réflexion approfondie sur la politique d’immigration en Belgique.

Nous espérons rencontrer Monsieur Di Rupo, Madame Deblock, Madame Onckellings, Monsieur Magnette, Madame Milquet, Monsieur Reynders ainsi que d’autres politiciensafin de pouvoir entamer un dialogue. Par ce biais, nous demandons aux différents ministres un rendez-vous.

WE WILL TAKE JUSTICE

 

Anissa et Clément

 

 

24 hours

09/11/2013

[Témoignage de Ramin, jeune afghan, après l’arrestation des afghans et de leur soutien, alors qu’ils contestaient  contre les décisions de refus d’asile par le Commissariat Général aux Réfugiés et Apatrides. D’autres points de vue : voir les témoignages de l’avocate arrêtée, celui d’un personne du soutien arrêtée, celui d’une personne du soutien non arrêtée. Plus de contenu sur la page du collectif afghan]

Around 9 ‘o clock in the morning I was chillin’ on my laptop. Suddenly, my GSM ringed… “Ramin, where are you? The journalists of Deutch Welle are waitin’ for your interview!” I said: “oh… I’m so sorry Samir, I’m leavin’ just right now -Next time you should be clear when you make an appointment for me- “Harry up!”, said Samir. After wearin’ my clothes and looking myself in the mirror, I took the bus to Antwerp and the train to Brussels. The journalist called me when I was in the train and said: “Ramin, where are you? The appointment was at 11 ‘o clock and we are waiting…” I said: “I’m comin’ in few minutes, my excuse.” When I arrived in Brussels-Nord, I took the tram to Rogier and switched to the direction of Trône. I was blocked inside the metro station, because I was black in the metro. It took long time to find a way to come out of the station.

I have less believe in what they say on TV about the Afghans. I want my own evidence, my own interpretation. That is my message.

I have less believe in what they say on TV about the Afghans. I want my own evidence, my own interpretation. That is my message.

When I arrived in rue du trône 127(building which was occupied by the Afghans), they were interviewin’ my friend, Rashid. Later, it was my turn. The questions were very classic: how you came to Belgium? Why you came to Belgium? How long you are already here? Etc. The main point was about Dublin. I explained that Maggie De Block (state secretary of asylum and migration) put people on street. Because people gave their finger prints first in Belgium, which is member of the European Union, asks the Belgian government the country to send the asylum seekers back to Belgium. It means people can’t go to another country to find a solution for their situation. And the consequence of coming back to Belgium is one more time illegal on streets. The journalists asked me some more individual questions and then finished the interview with showing lots of sympathy for the condition of the Afghans.

I sit on chair in the place which we call the ‘reception’, felt too tired and was lost in complicated dreams, thoughts and in misery of being Ramin. Suddenly something happened. The police came into the reception and awoke me! It was like when I’m chillin’ in the toilet and someone comes to disturb me! I stood up and shook hand with brotha’s of different motha’s. “Wij vragen u om rustig ‘t gebouw leeg te maken, zonder problemen”, said the police in Dutch. “Can I see the court’s order, please?”, I said. They gave it to me. After reading the papers, they asked me to tell my name and sign the paper to make the expulsion formal. I said: “Can you wait a lil bit for that please?”

During my dialogue with the commissioner of police, went the federal police to upstairs and started to use force to put a family and some guys out of the building. The rest were protesting in ‘art-loi’. I took my camera. Pushed on record button and went around to film, to have some evidence – after what happened in ‘rue la loi’ with the police, I have less believe in what they say on TV about the Afghans. I want my own evidence, my own interpretation. That is my message.

The rest were protesting in ‘art-loi’. I took my camera.

The rest were protesting in ‘art-loi’. I took my camera.

In the second floor I had discussion with the general. He said: “You leave the building as quiet as possible. I don’t want that the people stay in front of the door: I don’t want any trouble!” 55 D.Boy said: “It didn’t happen last time when you expulsed us, so…” After dissing the general, I went back to the reception. I put my camera in my red bag, took another one and started to take pictures. Guess what happened! When I was comin’ out of the building, in front of the door were lots of police standin’ who felt themselves like a superman who always wears his underwear on his trousers. I was walking out and took some pictures of them: clik, clak, clik… I felt a hand holdin’ my biceps and heard: “give me the camera!”, a threated voice entered my ears and caused a typical 55 D.Boy’s action. I looked him and gave the camera. He deleted maybe one of the unforgettable memories of my life. I don’t know… He took the SD-card with the battery out of the camera, brought me few meters further and gave my material back. Just two steps forward I fixed everything and clik, clak, clik, took again pictures. Run!!!

 

Just two steps forward I fixed everything and clik, clak, clik, took again pictures. Run!!!

Just two steps forward I fixed everything and clik, clak, clik, took again pictures. Run!!!

I was watching the mini Afghanistan (building where we lived for a while) when my cellphone ringed… “We are strikin’ on street in ‘art-loi’ as reaction on what the police are doing in mini Afghanistan -As French people say ‘action, reaction’- I said: “I’m comin’.” So, I moved to ‘art-loi’ –my own believe, my own evidence –

I saw people sitting on street. Saw tired faces, but felt the energy stronger than ever! I saw a revolutionary Afghan woman, Marwa. She was walking among the people giving them the vitamins which were needed to keep their psychology healthy. My respects for her increased, like corruption in Afghanistan. At the other side I saw the families with the impression, ‘we never give it up!’ The lawyers were sitting in a peaceful battlefield. I saw the mini Afghanistan’s mama, Selma. “Lady, you got no idea what you mean for this people”, said 55 D.Boy – Sometimes I think she can be a good rapper – When you see her really talkin’ oh dear… At the other side, I saw Samir dissin’ the police general (who expulsed the Afghans in ‘rue du trône’). “Damn! This guy got some balls”, I said to myself. A voice rose and said:” stand up and move by your own will, otherwise we use force to get you out of here!” The second voice, the dominant one said:” stay on the ground, they are just trying to scare us!” It should be the revolutionary Afghan woman. Don’t you think so? Yes, she is. She is Marwa. I started to take her picture while she was sharin’ the vitamins.  No-one give a shit about what the police was sayin’. We were sitting on a bridge between two lanes in ‘art-loi’. The police started to come from all over. They pushed the people against each other until they formed a massive flesh block. I saw the police usin’ pepper gas on Afghans. The message is still ‘take evidence’, clik, clak, clik… They shut down one of my image channel. The other one was busy with taking pictures. They used gas on my face. Nothing is clear. Lens is not working. Can’t open my eye. Everyone is in panic. Children are crying. Mama is looking for her kid. She shouts. She begs for her kid. Anne can’t open her eyes and Hadi as well. The police beat Ali on his head. Back up! Ali is on the ground. People are screamin’. Anne Denis runs to Ali. She shouts on police. She sits near Ali. Oh God! Ali is in shock. His head is bleeding like running water. I don’t know which images was projecting his mind but, I do know he was surrounding by pain and his own misery. The police took his two arms and pulled hem like a dead body. I thought they will bring hem to the hospital, but they brought hem just out the circle of misery field and let hem bleed. Ali will survive, he is an Afghan, maybe that’s what the police had in his mind. I still can’t open my right eye. A arm came around my upper body, felt warm, hugged me and said: ”everything will be ok”. He was Joris (professor, my friend). I said to myself: “yeah, everything gonna be owright -Bob Marley-”. But, I need to take picture: my own evidence, my own believe. After that I lost Joris, I followed my own way. I’m blocked.

 I thought they will bring hem to the hospital, but they brought hem just out the circle of misery field and let hem bleed.

I thought they will bring hem to the hospital, but they brought hem just out the circle of misery field and let hem bleed.

They started to arrest the Afghans one by one. When it came to me, I said: “don’t touch me! I come voluntary…” They put my red bag on my chests and tied up my hands, like a criminal. You know? Before, they gave me different names: illegal, asylum seeker, migrant,… Now, for the first time they treated me as a criminal. I felt nothing, like always 55 D.Boy is chillin’ in the city. They made two lines of 179 Afghans who were arrested and got them into the bus, like in the Hollywood movies when they bring the rude boys to the jail.

It’s getting hot in the bus.  Pepper gas is burning my face and my neck. Everything tastes spicy: my lips, my sweater. The phone is ringing, I can’t answer. I see Samir sitting in front of me in another seat. He can’t open his eyes. Tears flow and flow like water. He looked to Selma at the end of the bus and asked:” did you call someone to pick up the kids after school?” She laughed and said:”noooow.” After a while Camille started to sing with Selma a French song that I never heard before. They got everyone calm. It was like mama’s were singing for their babies and the babies were enjoyin’ the atmosphere. The police, who disrespected me, was laughin’ off the song. I don’t know why. Maybe they have allergy against those kinds of songs. I discussed with the police woman who stood in front of me. I told her to check my facebook group, ‘Raminism’ to find more information about respect. Her answer was: “I don’t have any facebook.” Haha, I’m not surprised.

We arrived in Schaerbeek, in jail. They locked everyone in different cells. At the first sight it felt dark, cold and isolated. I was already locked up in my life’s misery in asylum centra, but this time was it different. I was in a real cell, mentally and physically. About first thing that I thought, was getting my arms free and SMS to all journalists to inform them about the incident, which I did. After, I took one pic of my arm, yeah! What a good feeling! I was just chillin’ around in the cell when Samir asked me to send a text to someone to pick up his kids out of school, which I did. Everybody was calling, texting his family and relatives. I thought about my mom, she is always in tension when I’m absent home. I looked to my GSM. Ohh, Shit!! Battery is low. “I’m in Brussels, my battery is low and everything is ok. Tell to my mom, no tension if I don’t answer”, I said to my bro. Then, I thought about Joris who was arrested because of supportin’ us. By text I asked him how he is. His answer was that he is fine. He ended his sentence with a strong word ‘respect’. Roommates said: “the police are coming…” I tied my arms again in my back. The officer opened the door and asked very polite: “who got Belgian nationality here?” Oepss… Did I say polite? Samir was the only lucky one with Belgian nationality, sounds cool! No? They took Samir and never brought him back to our cell. Later, I discovered he was alone in other cell. Few minutes later the officers came in group to take us for control and identification. I was taken by the police woman to who I taught the meaning of respect in the bus. She was very nice, maybe because I spoke Dutch. She said to other officers that I’m her boyfriend. At the control, they opened my arms and said: “voila se, een Vlaming.” The police man beside me, asked me: “what you do for living?” I said: “I’m student.” His reaction was: “is it not better to study than being here?” I said: “why you say that?” he said: “I mean, then we didn’t have to arrest you.” “I can’t accept that Maggie De Block, state secretary of asylum and migration, put families on street and forces them to go back voluntary to Afghanistan.”, I said. The police man said: “we can’t welcome whole the world in Belgium.” They took my bag and started to mess. While my girlfriend was asking my name, the other police turned my camera on. He was looking for the pics. Unfortunately the memory was already hided by 55 D.Boy. Shortly they discovered that I’m an asylum seeker. They were surprised and brought me to the responsible of Commissariat General. The lady said: “you may let him go with Belgians at 18 ‘o clock.” The police asked: “which Belgians?” The lady replied: “the real Belgians.” My girlfriend dropped me back to my cell and said very politely that she gonna let me go at 18 ‘o clock. Minutes passed like centuries, my girlfriend didn’t come back to let me go. I didn’t know what time it was. I kept looking out of the small holes of the metal door. They were making fun with Afghans who couldn’t speak the language, who just could smile as reaction. Behind the cold metal I felt the temperature of my body disincreasing. I shouted: “I have to go to the toilet!” No response. “I have to go to the toilet!”, I shouted again. It took four hours to may go to the toilet. Before that, they brought 12 bottles of water (0.5L) for eighteen persons with some slices of bread. Oh! You know? The guy, who accompanied me to the toilet, said just six words to me when I was washing my face, which was burning: “you wanna take a shower here?” I feel sorry for them if they treat their wife, kids or people in their neighbourhood like that. Life is beautiful if you have seen the dark side of it. When I came back to the Stone Age, my body started to tremble. I wore just a sweater on my upper body. I asked them more than ten times to give me my jacket which was just in front of the door in a big plastic box. They all ignored me, except one who first checked my jacket and then delivered it to me. I said: “Dank u vriendelijk.” With my jacket I was in a better condition but, I still felt the cold. I experienced for the second time in my life such a situation. First time was in the Ice Age during our travel to Europe. We arrived to an island by boat in the middle of nowhere. My clothes were wet. We were wet. We walked forward to a hill and slept there in group to create some temperature to survive. I still know. I woke up. My body was shaking and water in my nose was frozen. I will never forget that moment of my life. Some of things you just can’t delete out of your memory and they involve you whole your life. They don’t let you forget who you are. People tell me sometimes I’m smart for my age. Yes, I’m. It’s because when you were playin’ with your friends as a seven years old kid, at the same age I was working in big companies in Pakistan to feed a mother and a brother. Sometimes you try to understand a situation but, you can’t feel just because you never experienced. Now, in the Stone Age I tried to sleep, but it wasn’t succeeded. I couldn’t sleep more than three minutes, cause I felt the cold in my bones. I tried different ways to sleep: on my back, I put my legs on the wall to have as less as possible contact with the ground. Not succeeded! I slept maximum three minutes and it was the longest try. I started to walk from one corner to the other corner, like the prisoners do. I want to think about something, but my mind is empty like a new born baby. Damn! Out of these walls I got so much tension in my mind! And now? Nothing! It’s time to think… I want to think about my first love and the computer says: “ERROR!”

I was already locked up in my life’s misery in asylum centra, but this time was it different. I was in a real cell, mentally and physically.

I was already locked up in my life’s misery in asylum centra, but this time was it different. I was in a real cell, mentally and physically.

Some police came and opened the door. Took us with a minibus to other block for the finger print. When I discovered that they want to take picture of me, first I made my hair and said: “it’s not the right moment for the photo-shoot!” The sexy lady behind the desk laughed and said: “you got reason.” After finishing of process, they dropped us back with three bodyguards. This century was over.

The new century is begun. The light came slowly to touch our body. For me every comin’ day is better than the past day and today is not yesterday. I was happy. They gonna let me go at six ‘o clock in the morning. No-one came… I was stuck like a mosquito behind the door and was analyzing each move in the out world.

I have nothing to do. 55 D.Boy who organize every comin’ month when he is home, has nothing to do.

After looking every single detail on walls, I found a small piece of metal on the ground. I started to write on wall: ’55 D.Boy was here 23/10/2013’, ‘Protection 4 Afghans in Belgium’. I don’t know how long I was busy… But I know, I didn’t stop until my fingers hurt and swollen a lil bit. In the middle of the century my girlfriend opened the door. She was surprised after seeing me. She said: “are you still here?” I said: “I was waiting for you at 18 ‘o clock, but you didn’t come back and the others were too kind to listen to me.” She said: “oh! At 18 ‘o clock we were shifted and the other crew came in duty. Ok, now you can go.” I walked out with her to the entrance. My hands were in my pocket. One tall guy passed beside me and hit hard my shoulder and walked further. My girlfriend said that he wants to say ‘put your hands out of your pocket’, it’s not allowed here. I angrily said: “he doesn’t have a mouth to talk!” So, in their office they gave me my bag and I opened the zip to check that everything is ok. The police behind the table said: “do you think there is thief between the police?” I answered: “yes, it’s possible.” He laughed. We got on the bus. Few minutes later they dropped us in front of VUB(free university of Brussels) at 14:30 right 24 hours after the arrestation. When I got off the bus, I said to the police: “tot volgende keer”, which means see you next time in Dutch. I breathe very deep the fresh wind through my longs. I’m free…!

Written by 55 D.Boy

04/11/2013 at 23:14 Schoten/Belgium

Celui qui s’est fait fracassé le crâne, comment il va ?

28/10/2013

[Témoignage de Grégory, assistant social, qui est resté avec les « non arrêtés » après l’arrestation des afghans et de leur soutien, qui vient compléter les témoignages de Selma et de Camille Plus de contenu sur la page du collectif afghan]

Le flic en civil nous attend à la sortie de l’occupation rue du trône où nous avons dormi, des militants et moi avec les afghans. Il a des couques en main « on est rentré il y a une demi-heure, mais vous dormiez tous, alors on ne voulait pas déranger … Il y a quelque chose de prévu aujourd’hui ? » Comme toujours, on ne répond rien. Nous accompagnons le cortège de manifestants jusqu’au parlement fédéral. Une fois devant, je quitte les manifestants pour rejoindre les associations qui vont interpeller le CGRA et l’office des étrangers au sein du parlement. L’audience est interminable, les questions très générales, le dispositif classique d’un débat dont on ne veut pas traiter du fond. Je sors avant même que les questions soient terminées. En sortant, je reçois l’appel d’une amie paniquée : « calme toi, vous êtes où ? – A arts-loi ». J’y fonce. Derrière un mur de combis, une centaine de personnes assises, les mains dans le dos. De l’autre côté de la rue, les femmes et les enfants invectivent la police, alors que les belges sont paniqués. L’une des porte-paroles afghane exprime sa rage « ils ont marché sur mon enfant ». Je la prends dans mes bras. Elle me désigne le commissaire de police, « il m’a dit que la prochaine fois, je vais mourir ». Mais ce n’est pas la peur qui fait trembler sa voix : c’est la colère.

A mes pieds, une flaque du sang. La communauté sikhe la pointe du doigt en m’interpellant par le nom qu’elle m’a donnée « What is this, Jot Singh ? » Je ne sais pas quoi répondre. « I don’t know. Madness. And shame, surely shame. ». La honte, le sentiment qui me poursuivra toute cette journée, au son des pales de l’hélicoptère dont l’ombre engloutira les poussettes jusqu’à la tombée de la nuit. Nous regardons impuissants les bus de la police s’arrêter devant nous, les policiers nous narguer d’un air méprisant. Le flic aux croissants est bien loin des chiens de guerres qui nous dépècent du regard. Quasiment tous les hommes afghans ont été arrêtés : c’est un cortège de femmes et d’enfants que nous accompagnons vers un endroit proche, le parc entre Trône et Luxembourg. Je me tais en respirant pour ne pas pleurer devant eux : j’ai déjà suffisamment honte comme ça. Le trajet se fait dans un silence de mort. Dans le parc, des personnes arrivent de partout pour exprimer leur soutien. Presque plus personne n’a de batteries. Je me repasse les questionnements du parlement sur la situation afghane, les interrogations sur les retours volontaires, les insistances sur la nécessité des déportations. Je me dis que tout ça est délirant. Puisque je coordonne parfois le soutien médical, plusieurs afghans viennent me voir, « celui qui s’est fait fracassé le crâne, comment il va ? » Je réponds qu’il est à l’hôpital, qu’il est accompagné. Je me dis qu’ils ne peuvent pas déporter des gens arrêté pendant un débat parlementaire sur leur condition. Mais un doute m’étrangle la gorge. Un doute dont je me dis qu’il ne devrait même pas pouvoir être esquissé dans un Etat de droit.

Nous attendons plusieurs heures, nous demandons ce que vont devenir les détenus. Certains partent en ville, à la recherche d’abris où mettre les familles. Les afghans se demandent ce qu’il va être fait de leurs affaires. Une dame diabétique vient me trouver, scandant qu’elle n’a pas pu récupérer son insuline. Je regarde tous ces visages qui m’ont conté leur histoire. Je ne vois ni peur, ni misérabilisme. Je vois de la colère, de l’inquiétude et de la dignité : de la volonté d’être en vie. Les enfants jouent alors que les adultes regardent le vide. Je me sens sale d’être un citoyen belge. Je n’ose pas croiser les regards. Je sais pertinemment bien que ce n’est pas de ma faute personnelle. Mais j’ai conscience de ma position dans la structure du pouvoir dans lequel nous sommes tous pris. Et je leur suis reconnaissant de ne pas me mépriser. Chaque jour passé avec eux est une leçon de morale, de politique et de courage. Car je retrouve en eux non pas la force d’anonymes afghans telles qu’on les représente dans les médias, mais tout d’une société civile en train de se faire sous mes yeux, avec moi, et qui se fait de manière propre à leur situation dans cette ville. Inquiet, j’attends un signe de ce que nous allons faire. Durant des heures.

La nuit tombe sous une pluie torrentielle. Nous déplaçons les gens par petits groupes, en voiture ou en bus, vers un bâtiment abandonné, que l’une d’entre nous a repéré au dépend de son sommeil lors des nuits précédentes. Alors que les familles s’installent, inquiets pour les leurs enfermés au loin, nous négocions avec la police et le bourgmestre le droit de rester pour la nuit. Les belges sont relâchés et nous rejoignent. Les afghans nous demandent ce qu’il va se passer pour les autres. « We don’t know ». Les discussions sont brèves, les regards morts. J’ai cette sale impression d’être ramené au siècle passé. J’attends à une amie qui a passé les semaines à gérer du mieux qu’elle peut, avec une efficacité qu’on ne pourra jamais assez lui rendre. Je lui envoie un message « il y a une place pour toi dans la pièce de gauche au rez-de-chaussée ». Elle répond « non, devant la porte ». Les familles se sont installées aux étages. Quand elle revient, on installe les couvertures devant la porte d’entrée. Je me souviendrai toujours de ce vert. De ma manière de compter le nombre de portières qui se referment dès qu’une voiture s’arrête dans la rue car  les flics sont toujours au moins deux. De ne pas savoir m’endormir malgré la fatigue des jours précédents. J’ai l’impression d’être en 40. Je pense au retrait des forces armées suite à l’échec masqué de leur intervention, à la montée des talibans, à ces filles brillantes qui réclament une éducation, à ces visages amis que je crains de ne plus revoir. Les yeux rivés sur le vert écaillé de la porte d’entrée, une phrase me tourne en tête en boucle « C’est du délire».